MADAME LORI, BENJAMIN
MADAME LORI (entre en riant). Vous n'avez pas le sens commun, mon petit cousin. N'était-ce pas assez de m'amener jusqu'à la porte, sans vouloir encore monter jusqu'ici?
BENJAMIN (avec chaleur;. Non, ce n'était pas assez; et si vous aviez quelque amitié pour moi, vous me laisseriez vous servir d'avocat.
MADAME LORI. Le choix. Serait lieureux.
BENJAMIN. Je ne me sens pas de colère, en pensant qu'une
femme comme vous, ma belle cousine, va comparaître
devant qui"?
MADAME LORI. Vous ne vous sentez pas de colère! Vous
êtes un enfant. Qui esl-ce qui me forçait de venir, si je ne l'avais pas voulu?
BENJAMIN. Il fallait ne pas le vouloir. Vous exposer aux sarcasmes de votre belle-mère, aux calomnies des tantes de votre mari, et à l'éloquence d'un procureur du roi !
MADAME LORI. Cela me fera une bonne scène à raconter, et nous en rirons plus d'une fois ensemble.
BENJAMIN, ^'ous êtes heureuse d'avoir votre caractère.
MADAME LORI. C'est à peu près tout le bonheur que j'ai.
BENJAMIN (d'un Ion de reproche^, ^'ous n'en avez pas d'autre ?
MADAME LORI. Vous m'y faites penser : j'ai encore celui d'être la cousine d'un étourdi qui me contrarie sans cesse, et qui ferait fort bien de ne pas rester plus longtemps ici.
BENJAMIN. Vous voulez donc que je m'en aille?
MADAME LORI. Oui, je le veux.
BENJAMIN. Je vous obéis bien malgré moi. }.!ais n'allez pas vous laisser intimider au moins.
MADAME LORI. VoUS ètes fou !
BENJAMIN. Un à un, tous ces gens-là peuvent faire pitié; mais quand les sots sont rassemblés, cela ne laisse pas que d'avoir quelque chose d'effrayant.
MADAME LORi. Partout où il y a du monde, il y a toujours des sots rassemblés; et cela ne m'a jamais fait peur.
BENJAMIN. Songez bien que les deux tantes de monsieur Lori sont, chacune dans son espèce, les deux plus méchantes créatures que la terre ait portées.
MADAME LORI. Il croit m'apprendre Cela.
BENJ.vMiN. Et que votre mari...
MADAME LORI (lui frappant légèrement sur la joue). Je sais aussi ce qu'est mon mari.
BENJAMIN (lui baisant la main). Adieu donc, ma belle cousine. A tantôt.
(Il sort.)