‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 186 sur 382 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

sais pas si j'ai eu raison : ce serait de profiter de ce que madame me laisse à Paris pour voira me marier.

MADAME DEMBRUN. Le moment est bien choisi en effet.

CLÉMENT. Comme je n'aurai rien à faire...

MADAME DEMBRUN. Qui VOUS a dit cela? N'aurez-vous pas mon appartement à soigner ? Il y a des vers partout, des papillons en quantité; j'ai donné des ordres pour remettre à neuf ma chambre à coucher et le salon ; je ne veux pas que vous perdiez de vue les ouvriers. Quel temps prendriez-vous pour votre mariage?

CLÉMENT. Si c'est comme cela , madame, je n'y pense plus.

MADAME DEMBRUN. Avez-vous nettoyé les carcels et les autres lampes? les avez-vous serrées dans l'office?

CLÉMENT. Oui, madame.

MADAME DEMBRUN. Vous u'avez plus rien à y mettre?

CLÉMENT. Non , madame.

MADAME DEMBRUN. Apportez m'en la clef.

(Clément sort.)

MADAME DEMBRUN (à Suzannc). Est-ce qu'il a une amoureuse?

SUZANNE. Il n'a rien du tout, madame.

MADAME DEMBRUN. Alors quo vienl-il donc me conter, cet imbécile-là?

CLÉMENT. Madame, voici la clef, voici les chevaux de poste, et voici ce monsieur.

M. Flamet entre.)

MADAME DEMBRUN. Boujour, monsieur Flamet. Je suis toute prête, comme vous voyez; je parie que vous ne vous y attendiez pas?

M. FLAMET. Pardonuez-moi, madame.

MADAME DEMBRUN. Une femme qu'on n'a jamais vue que dans le monde, toujours élégante , toujours recherchée dans sa toilette, on doit craindre qu'elle ne soit bien petite-maîtresse. En voyage, moi, je suis un garçon, un véritable garçon.

M. FLAMET. Tant mieux.

MADAME DEMBRUN. Telle que vous me voyez, il y a déjà une heure que je suis sur pied.

'JW LE VOYAGE.

M. FLÂMET. Si VOUS êles prêle, les chevaux doivent être attelés, nous pouvons partir,

MADAME DEMBRUX. Quand vous voudrez. Clément, aidez Suzanne à descendre ce sac de nuit et ce carton.

(Clément et Suzanne sortent.)

MADAME DEMBRUN. Vous ne serez pas fàclié d'avoir mon sac de nuit pour mettre sous vos pieds.

M. FLAMET. J'avais le mien.

MADAME DEMBRUN. Deux sacs dcnuit, n'est-ce pas beaucoup?

M. FLAMET. Nous n'âvons pas autre chose dans la voiture?

MADAME DEMBRUN. Absolument que cela, et le carton qu'on vient de descendre.

M. FLAMET. Votre femme de chambre montant sur le siège à côté de mon domestique...

MADAME DEMBRUN (éclatant de rire). Que dites-vous donc? Suzanne sur un siège de cocher! Elle ferait une belle mine, si elle vous entendait!

M. FLAMET. Vous couiplez la mettre avec nous?

MADAME DEMBRUN. Il n'y a pas de doute. Vous ne connaissez pas Suzanne.

M. FLAMET. Tout cc que je sais, c'est qu'elle est bien grosse.

MADAME DEMBRUN. On Croirait cela ; et bien ! dans une voilure on ne s'en aperçoit pas. Suzanne tient à une très-bonne famille de cultivateurs ; elle a du bien dans son pays; elle me sert plutôt par affection qu'autrement; et si jamais elle me quittait, ce ne serait que pour retourner chez elle. Vous voyez bien d'après cela que ce n'est pas une fille qu'on puisse aventurer sur un siège de cocher.

(Clément entre.)

CLÉMENT, Madame, est-ce tout?

MADAME DEMBRUN. Absolument tout. Prenez ce châle, mon

ombrelle et ma petite boîte à ouvrage; vous les mettrez tout

bonnement dans le filet. (A. M. Flamet.) De cette façon-là,

nous n'en serons pas embarrassés.

CLÉMENT. Il n'y a pas de filet , madame.

M. FLAMET. Il doit y en avoir un; mon domestique aura

cru inutile de l'attacher, je vais y aller voir.

(11 sort.)

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