SCÈNE I
MADAME DEMBRUN, 0>i'est-ce doiic qiie fait Marguerite, que je ne l'ai pas encore vue ce matin?
CLÉMENT. Elle apprête la chaufferette de voyage que madame a achetée pour si par hasard il faisait froid en route.
MADAME DEMBRUN. Il ne faut pas uu siècle pour cela. J'allais oublier mon oreiller; il est sur le canapé de ma chambre, portez-le tout de suite.
(Clément sort; Suzanne entre.)
SUZANNE. Je viens de faire aussi mon petit emménagement. Il est drôle, ce monsieur; ça n'avait pas l'air de lui faire plaisir.
MADAME DEMBRUN. Bast, bast ! il ne faut pas y prendre garde. Ne s'était-il pas mis dans la tête de vous faire monter sur le siège à côté de son domestique !
SUZANNE. Par exemple!
MADAME DEMBRUN. Vous jugez comme je lui ai répondu.
SUZANNE. C'est à l'anglaise , mais ça n'en est pas moins atroce. Exposer une femme à l'injure du temps, pendant tout un voyage, comme si c'était un chien! H ne me plaît pas à moi ce monsieur-là , madame.
MADAME DEMBRUN. J'avais eucore une autre raison que je ne lui ai pas dite; mais, en vérité, je ne suis pas d'âge à m'enfermer dans une voiture tête à tête avec un homme qui ne m'est rien du tout.
SUZANNE. Un homme que madame ne connaît presque pas.
(M. Flaniet entre.)
M. FLAMET. Lc filet est tendu ; j'y ai placé moi-même votre châle, votre ombrelle, et la boîte à ouvrage.
MADAME DEMBRUN (frappant du pied en signe d'impnlience). Mais Marguerite? Suzanne, voyez donc ce qu'est devenue Marguerite.
M. FLAMET. C'cst votre cuisinière? elle vient d'apporter une chaufferette dans la voiture.
MADAME DEMBRUN. Elle a des clcfs à me remettre; et puis ne faut-il pas que je lui répète toute mes recommandations? Faites-la venir, Suzanne. (Suzanne sort.) C'est étonnant ce qu'il y a à dire et à faire quand on quitte sa maison. Les hommes ne connaissent pas tout cela.
M. FLAMET (souriaril). Non. En général, les hommes n'ont pas d'affaires.
MADAME DEMBRix. Vous riez ! Mais c'est très-vrai. (A Marguerite qui entre.) Arrivez donc, Marguerite.
MARGUERITE. Me v'ià, madame.
MADAME DEMBRUN. Vos clefs. (Marguerite lui remet plusieurs clefs qu'elle enferme dans un secrétaire.) Vous ne vous êtes pas trompée pour les étiquettes?
MARGiTiRiTE. Madame peut voir.
MADAME DEMBRUN. Ah çà ! Marguerite, je n'ai pas besoin de vous recommander de bien prendre garde à la maison. Vous surveillerez Clément pour qu'il ne s'absente que le moins possible. Si vous avez à vous plaindre de lui, faites-moi écrire. Vos confitures, cerises, abricots et groseilles, même quantité qu'à l'ordinaire. Mais surtout, Marguerite, ayez bien soin de Bibi. Pas de viande, toujours de la pâtée; la petite muselière pour peu que vous la sortiez, ne fût-ce que sur le pas de la porte. (A M. Flamet.) C'est un grand sacrifice que je m'impose de ne pas emmener ma pauvre Bibi; mais je me suis fait une loi de ne pas vous gêner.
M. FLAMET. Si nous partions?
MADAME DEMBRUN. J'oublie cucore une foule de choses, j'en suis sûre. Au surplus, je vous écrirai, Marguerite. Mais Bibi, ma pauvre Bibi, je ne peux pas trop vous répéter cela.
MARGUERITE (montrant des draps qui sont sur un siège). Et ces draps que madame voulait emporter pour les auberges?
M. FLAMET (à part). Bonté du ciel ! (Haut.) Ils sont inutiles ; j'en ai fait mettre dans le coffre, et je les céderai volontiers à madame.
MADAME DEMBRUN. Est-cc bien ^ûr que vous en ayez fait mettre?
M. FLAMET. Très-sûr, très-sûr.
MADAME DEMBRUN. Alors partons, monsieur Flamet; que voulez-vous que je vous dise?
(Clément entre.)
CLÉMENT. Madame, le postillon craint une chose qui est juste; la voilure ne pourra pas passer sous la porte co-