‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 199 sur 382 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

LE ROULiER. Allez, allez, ne l'est pas qui veut, niamzellc caquet.

LA LiMONADikRE. Maître Aubry, soyez raisonnable.

LE ROULIER. Avec cles poulettes de c't'acabit-là, ce n'est pas difficile.

MADAME DEMBRUN (à la limonadière). Si je restais à Epernon, je ferais des plaintes contre vous.

LA LIMONADIÈRE. Faites, madame.

MADAME DEMBRUN (furieuse). Levez-vous, Suzanne, et allons-nous-en. (M. Flamet entre). Vous devez être content, monsieur; vous nous avez choisi un bel endroit.

M. FLAMET. Plaît-il?

LE ROULIER. .Mousieur , madame votre épouse ne sait ce qu'elle dit.

M. FLAMET. Expliqucz-moi du moins

MADAME DEMBRUN". Vous l'aurioz fait exprès, vous n'auriez pas fait pis.

M. FLAMET. Encore faudrait-il savoir de quoi il est question.

MADAME DEMBRUN. Laissez donc, laissez donc, monsieur; vous ne le savez que trop.

M. FLAMET. Je vcux mourir sur l'heure.,..

LA LIMONADIÈRE. Quelle patience il faut avoir !

M. FLAMET. Voulez-vous me faire le plaisir de me dire?...

SUZANNE. Madame en sera malade.

MADAME DEMBRUN. Xous, avez raîson, Suzanne. Etre insultée à ce point-là!

M. FLAMET. Comment donc, insultée! (Au roulier.) Seraitil vrai, monsieur, que vous eussiez manqué à madame?

MADAME DEMBRUN. Monsieur Flamet, vous n'êtes pas un homme si vous ne faites pas arrêter ce diôle-là.

LE ROULIER. Ah çà ! mais, madame, si vous vouliez bien finir. Qu'appelez-vous un drôle?

MADAME DEMBRUN. Il n'y a pas d'obscénités qu'il n'ait dites et faites devant moi.

LA LIMONADIÈRE ( bas à .M. Flamet). C'est faux, monsieur, croyez-moi, c'est faux. Maître Aubry est un fermier qui fait des IV. 13.

charrois à son lemps perdu ; mais c'est un homme incapable de manquer à un chat.

M. FLAMET (de même). C'est bon, c'est bon. Qu'est-ce que ces dames vous doivent ?

LA LIMONADIÈRE. Mon Dicu ! monsieur, elles ont pris si peu de chose ; ce sera ce que vous voudrez.

MADAME DEMBRUN. Monsieur Flamet, est-ce que par hasard vous demanderiez grâce pour moi? Il ne manquerait plus que cela.

M. FLAMET. Du tout, du toul; je reçois au contraire les excuses de madame. (Bas à la limonadière.) Laissez-la dire; il y a des instants où elle n'a pas toute sa tête.

LA LIMONADIÈRE. Il fallait nous avertir plus tôt. (Au roulier.) C'est une folle.

LE ROULiER. Je suis bien fâché alors de lui avoir répondu. (Elevant la voix et saluant madame Dembrun.) Pardon, madame, je ne savais pas....

M. FLAMET (se hâtant de l'interrompre). La voiture est prêle, allons la rejoindre. (A la limonadière, en lui donnant de l'argent.) Tenez, madame; est-ce bien"?

LA LIMONADIÈRE. Trop bien, monsieur. Je vous suis obligée.

MADAME DEMBRUN (sortant avec M. Flamet). C'est devant un commissaire de police qu'il fallait mener ces gens-là.

LE ROULIER (à Suzanne qui lui fait la grimace). Charmante !

(Suzanne sort.)

LA LIMONADIÈRE. Il a fort à faire, ce pauvre monsieur; je le plains.

LE ROULIER. Je le plains bien plus que vous, moi. Ma femme n'est peut-être pas une folle aussi finie que la sienne; mais, ma foil si je n'avais pas de temps en temps des voyages pour me distraire, en vérité, madame Gilbert, je ne vous mens pas ; vous me croirez, si vous voulez ; aussi sûr comme j'ai une âme à sauver, dans des quarts d'heure j'ai beoLi me tenir à quatre, dire mon Pater et mon Ate en dedans de moi pour ne pas m'emporter, c'est queuquefois d'une force, d'une violence.... Je l'aime ben, c'est mon

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