MADAME CARRÉ, MONSIEUR DU ROSNAY
MADAME CARRÉ. Vous avez toujouFs aimé Edouard , c'est une justice que je puis vous rendre. J'avais une frayeur horrible en ouvrant celte lettre. Voyez donc, au moment où Victorine venait de me prier de la dégager avec monsieur de Bretignac, si Edouard eût rompu de son côté ! 0 mon Dieu !
(Elle se laisse tomber sur un siège en mettant ses mains devant sa figure.)
M. DU ROSNAY. Bien ! faites-vous du mal à plaisir.
MADAME CARRÉ. C'eût été affreux.
M. DU ROSNAY. Quaud les choses s'arrangent comme vous le désirez, à quoi sert de supposer ce qui serait arrivé si elles eussent tourné autrement?
MADAME CARRÉ. On n'est pas maîtresse de cela, monsieur du Rosnay.
M. DU ROSNAY. Il faudrait pourtant en être maîtresse, madame Carré. Quoique je sois censé le plus calme de nous deux, il n'en est pas moins vrai que vous n'avez pas une agitation sans que je ne la partage. Epargnez-moi du moins celles qui sont inutiles.
MADAME CARRÉ (se levant). Serait-il possible, monsieur du Rosnay? Vous ne m'aviez jamais dit cela. Comment, depuis tant d'années, vous avez partagé toutes les agitations que j'ai eues? Vous avez dû me trouver bien égoïste.
M. DU ROSNAY. Je croyais toujours que vous vous corrigeriez .
MADAME CARRÉ. Mais non , je vous trouvais l'air si impassible que je ne me gênais pas. J'espérais même quelquefois vous amener à fermenter avec moi.
M. DU ROSNAY. Je fermentais en dedans.
MADAME CARRÉ. Ah! que j'y prendrai garde à l'avenir! C'est une bonne leçon.
M. DU ROSNAY. A présent, songez que vous attendez madame votre fille pour une explication sérieuse, que vous devez