SCÈNE X
viCTORiNE. Comme le cœur me bat !
MADAME CARRÉ. Attends un peu , nous allons voir.
(Elle ouvre la lettre et lit.) « Mademoiselle,
« Enfin je suis libre. » Voilà déjà un bon commencement. » Mon père est dégagé de sa parole. J'aurais été vous porter » moi-même cette heureuse nouvelle si je n'avais craint de » rencontrer chez vous un monsieur de Bretignac qui y est » reçu depuis quelque temps. Dans la position incertaine où » j'étais, je n'ai pas l'injustice de blâmer la conduite de » madame votre mère; mais jugez de ce que j'ai dû souf- » frir. » (A Victorine.) Il ne t'avait jamais parlé de cela?
VICTORINE. Jamais.
M. DU ROSNAY (attendri). C'est un excellent jeune homme.
MADAME CARRÉ (à Victorino). Entends-tu ce que dit monsieur du Rosnay, que c'est un excellent jeune homme?
M. DU ROSNAY. Vous u'avez pas fini.
MADAME CARRÉ. Non, il y a encore quelque chose. (Elle lit). <( Grâce au ciel, me voilà sauvé; aussi demain, sans plus » tarder, irons-nous, mon père et moi, demander votre main » à madame Dubreuil et à votre bonne maman avec tout le » cérémonial requis en pareille circonstance. Depuis long- » temps je ne dormais guère ; mais certainement cette nuit je » ne dormirai pas. A demain matin.
» Le plus heureux des hommes , » Edouard de Latour, »
Cela a-t-il le sens commun ? Celte lettre n'est pas pour moi ; mais cette confiance, cette bonne foi, cette candeur de ce pauvre enfant, me rendent tout je ne sais comment. Va chercher ta mère, Victorine, je veux lui parler tout de suite; n'est-ce pas, monsieur du Rosnay:? Il n'y a plus à balancer.Va, ma petite, va.
victorine. Oui, ma bonne maman.
(Elle sort.) IV. 2