SCÈNE IX
MONSIEUR et MADAME GIGOT, CLEMENTINE, ANNETTE.
MADAME GIGOT. Vous avez VU la liste?
M. GIGOT. J'ai vu la liste.
MADAME GIGOT. Et VOUS n'y étes pas?
M. GIGOT. El je n'y suis pas.
MADAME GIGOT. Laisse-nous, Annette.
ANNETTE (en s'cu allant). Bonne nouvelle pour mon ébéniste; c'est lui que j'épouserai.
(Elle sort).
M. GIGOT. Aussi le gouvernement peut-il bien devenir ce qu'il voudra; je m'en soucie comme il se soucie de la France. Et ces gens-là prétendent qu'on leur soit dévoué! Comment doncl tant qu'ils ne sont pas assurés dans leur position, ils sont charmants à voir; ce sont des poignées de main, des
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effusions. « Nous comptons sur vous, répèlent-ils à tout venant, nous comptons sur vous. » Oui, mais comptez sur eux, les traîtres 1 C'est tout comme leurs prédécesseurs.
MADAME GIGOT. T.aisscz en paix leurs prédécesseurs, monsieur Gigot.
M. GIGOT. C'est absolument la même chose. Écoulez-les, ils vous diront que c'est très-différent, parce que ce sont eux et que ce ne sont plus les autres. Je donnerais le choix pour une épingle. Et toi, Clémentine?
CLÉMENTINE. Moi, en fait de pouvoir je ne r.^connais que celui de ma famille.
M. GIGOT. Tous les autres sont absurdes.
MADAME GIGOT. Vous n'allez pas par quatre chemins.
M. GIGOT. Le plaisant, c'est de les entendre affirmer que la France est ingouvernable. Qu'en savent-ils? Dans quel temps ont-ils essayé de la gouverner?
MADAME GIGOT. Fort bien. Il ne vous manque plus que de prêcher la propagande.
M. GIGOT. Quand je prêcherais la propagande! Je ne m'effraie pas des mots, moi. Qu'est-ce que c'est donc que la propagande? C'est de dire aux peuples qu'ils ne sont pas des troupeaux de moutons, et que les rois sont autres que des bergers. Voilà toute la propagande qu'il y a, je n'en connais pas d'autre. Cela me paraît très-raisonnable.
MADAME GIGOT. Vous n'avez pas été qu'au ministère, j'en suis sûre.
M. GIGOT. J'ai passé aussi chez mon beau-frère en revenant.
MADAME GIGOT. A la bonuc heure.
M. GIGOT. M. Robert est un homme de sens; il m'a expliqué mot à mot ce que j'avais l'intention de faire si j'eusse été nommé. Je suis fort de l'avis de Machiavel : « Le premier soin d'un homme qui reçoit une faveur est de se mettre en garde contre le pouvoir qui la lui a accordée. » Certainement je ne me serais jamais prêté à n'être qu'une machine. Tu n'en doutes pas, toi, mon enfant?
CLÉMENTINE. Nou, mou père.
M. GIGOT. Se seraient-ils imaginé, par exemple, que je me