‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 243 sur 382 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

serais contenlé d'un vain litre? Ah ! parbleu, ouil Je n'oublie pas mon origine, je suis du peuple.

MADAME GIGOT. Fiuissez donc, monsieur Gigot.

M. GIGOT. Je suis du peuple; c'est la vérité. Il n'y a que Clémentine ici, elle sait bien d'où nous sortons. Je vois des faquins qui se croient élevés de dix pieds parce qu'un vent passager les a soulevés de quelques lignes. Attendez donc un peu, nosseigneurs les nobles pairs à vie; la plupart de ceux qu'on avait faits pour l'éternité ne le sont déjà plus d'aucune façon. L'auriez-vous sitôt oublié, par aventure? Là! là! ne vous pressez pas tant de grossir votre voix, ne portez pas la tête si haut. Qui sait ce que vous serez demain?

CLÉMENTINE. Mon père, cela vous est si indifférent; n'y mettez pas tant de chaleur.

M. GIGOT. Tu ne vois pas que je ris intérieurement. En effet, y a-t-il comédie qui vaille cela? Le gouvernement vous dit ; « Ah ! ah ! messieurs, vous voulez donc que j'aie la majorité? vous y tenez absolument? Eh bien! je ne choisirrii que des sujets, de bons sujets pour me la faire. »

MADAME GIGOT. Pourquoi alors vouliez-vous èlre du nombre de ces bons sujets ?

M. GIGOT. Pourquoi, madame? pourquoi? il est singulier que ce soit vous qui me demandiez pourquoi. C'était pour être enfin quelque chose dans ma maison ; c'était pour avoir chez moi une importance quelconque, pour contribuer à l'établissement de ma fille par du clinquant, puisque je ne peux pas le faire d'une manière plus solide. (Clémentine prend la main de son père.) C'était là toute mon ambition, ma chère enfant; mais si tu n'es pas une grande dame, tu seras du moins une heureuse femme. Tu épouseras mon neveu, ton cousin Anatole. Je le veux, ce sera; je n'en démordrai pas. Je suis le maître, enfin.

MADAME GIGOT (du ton le plus calme). Qui vous dit que vous n'êtes pas le maître, puisque j'y consens?

M. GIGOT (étonné). Ah ! bah!

MADAME GIGOT. Tu ne me remercies pas, Clémentine?

CLÉ.ME.NTINE. Pardonnez-mol , maman. Mais à vous dire

vrai, je savais que vous et mon père vous aimiez tant Anatole, que je n'ai jamais eu de craintes bien sérieuses.

MADAME GIGOT. Et tu avais raison. Il a pu passer par quelques têtes des rêves de vanité, je n'en sais rien ; quant à moi, jamais je n'aurais consenti à jouer ion bonheur à

PAIR ou NON.

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