MADAME DE GENNETINES, FERNAND, MADELAINE
et un peu après, DELPHINE.
MADAME DE GENNETiNTis. Monsicur Femand, savez-vous que nous avons la guerre civile ici ?
FERNAND. Rassurez-vous, madame, je suis arrivé au moment de la pacification. L'ordre le plus parfait règne dans la basse-cour.
DELPHINE (accourant). Madame, madame, ils ont à moitié tué ce pauvre Baptiste.
FERNAND. Mals non, il n'a reçu qu'un coup un peu fort dans la mâchoire. Ce Pierre est un diable.
DELPHINE. Dites que c'est un scélérat, monsieur.
308 IXS DEUX SOEUKS.
MÂDELAiNE. Nolre Pierre un scélérat! Je m'en vais; il y a des choses qu'on ne peut pas entendre.
(Elle sort.)
MADAME DE GENNETiNES. Je ne m'attendais guère, en venant chez ma sœur, à y voir assassiner mes gens.
DELPHINE. Si madame voulait aller dans la chambre de Baptiste, ça le tranquilliserait.
MADAME DE GENNETINES. A-t-il du Sang?
DELPHINE. C'est cent fois pis, madame ; le dessous de son œil est déjà tout noir.
MADAME DE GENNETINES. Que voulez-vous que j'y fasse? Cela regarde le chirurgien.
DELPHINE. Madame lui donnerait des paroles de consolation, et les paysans du moins n'oseraient plus se moquer de lui.
MADAME DE GENNETINES. Je suis extrêmement nerveuse, monsieur Fernand ; que me conseillez-vous?
FERNAND. De ne pas vous déranger. Madame votre sœur, qui est si bonne, est auprès de lui.
MADAME DE GENNETINES. Mais je ne veux pas que vous me croyiez moins bonne que ma sœur. Elle est plus aguerrie que moi, cela ne se donne pas. Ranimez ce feu, Delphine, et vous irez me chercher un chàle. Je suis si bouleversée. (Elle se regarde dans une glace.) Voyez plutôt, monsieur Fernand, si je n'ai pas l'air d'une morte.
FERNAND. Vous êtos commc à votre ordinaire.
MADAME DE GENNETINES (minaudant). Voulez-vous dire que j'ai toujours l'air d'une morte?
FERNAND. Je VOUS le dirais que vous ne le croiriez pas.
MADAME DE GENNETINES. Il est certain que je suis trop impressionnable.
DELPHINE. Madame ne viendra donc pas voir Baptiste?
MADAME DE GENNETINES. Il me Semblait vous avoir déjà dit que non. (Delphine sort.) Voilà l'inconvénient d'avoir des basses-cours près d'un château ; je ne conçois pas celte manie-là. Aussitôt que vous avez une basse-cour, il vous faut des paysans pour la conduire ; et je ne connais rien de plus exécrable (|uc cette engeance-là.
(Delphine rentre.)