SCÈNE XIII. ;jl
SIMON'. Madame, c'est le thé.
MADAME DE GEN.NETiNES. Ditss qu'oD le tienne chaud; je n'y suis pas encore.
SIMON. Je vais changer d'assiettes.
MADAME DE GENNETINES. Faites ce quc je vous dis. Vous voyez bien que nous ne vous avons pas attendu pour changer d'assiettes. (Simon sort.) Tl y a des instants où les domestiques sont insupportables. Dites-moi, monsieur Fernand, vous jouez dans ce concert?
FERNAND. Mais oui.
M.ADAME DE GENNETINES. Vous êtes donc un virtuose?
FERNAND. Je ne fais pas manquer ma partie.
MADAME DE GENNETINES. Vous devez bien faire tout ce que vous faites; vous êtes si rempli de goût! Voilà pourquoi on ne me persuadera jamais que vous ayez jamais pu penser à Léonide. Vous n'y avez pas pensé, n'est-ce pas?
FERNAND (à part). Quel supplice!
MADAME DE GENNETINES. Vous avez dix ans de plus qu'elle; ce serait ridicule. Grave et raisonnable comme vous le paraissez, je ne verrais aucun inconvénient à ce que vous prissiez une femme un peu moins jeune que vous.
FERNAND (à part.) C'est trop fort. (Haut, et d'un air contraint.) Je n'y verrais pas d'inconvénient non plus.
MADAME DE GENNETINES. Donnez-moi de celte compote ; nous allons partager ce biscuit. Une femme aimante...
FERNAND. Pour vivre seule à la campagne avec un mari, c'est la première condition.
MADAME DE GENNETINES. Il n'y aurait pas de nécessité de vivre continuellement à la campagne.
FERNAND. Je VOUS l'ai dit, Paris me fait peur. Ici, je suis réellement ce que je vous ai paru, très-sage, très-raisonnable; j'ai de l'ordre, de l'économie; aucune folle dépense ne vient me tenter. Mais aussitôt que mon pied a touché le maudit pavé de la capitale, je ne me reconnais plus; je deviens prodigue, bourreau d'argent; je ne sais pas si cent mille francs par an pourraient me suffire.
MADAME DE GENNETINES. Cent mille fraocs par an !
FERNAND. Il lie s'agit pas d'aisance à Paris; il faut de l'éclat.
MADAME DE GENNETiNES. Une maisoD OÙ il y a une voiture, un nombre de domestiques suffisant...
FERNAND. C'est comme tout le monde; rien ne vous distingue.
MADAME DE GENNETiNES. Tout le monde n'a pas voiture.
FERNAND. Tout le monde l'a eue, chacun à son tour. Ce sont les fêtes, les folies, les brillantes assemblées que vous recevez chez vous qui seules peuvent vous soulever de la foule. Une voiture ! qu'est-ce que c'est qu'une voiture? une voiture est commode pour la personne qui l'a ; mais on n'est pas tenu de lui en savoir gré.
MADAME DE GENNETiNES. Je m'étODue qu'il puissB y avoir deux hommes si différents dans le même homme.
FERNAND. Je le crois bien ; je m'en étonne moi-même.
SIMON (apportant le thé). Le général, qui est dans la salle à manger, demande après monsieur son fils.
FERNAND. Pormettez-vous, madame, que je vous quitte un instant?
MADAME DE GENNETINES. Tout le temps quB VOUS voudrez, monsieur....
FERNAND (à part en riant). Mes cent mille francs par an ont fait merveilles.
MADAME DE GENNETINES (se parlant à elle-même). Cent raille francs par an ! Venez donc au milieu des bois pour trouver des jeunes gens qui ne peuvent pas vivre à moins de cent mille francs par an! (A Simon.) Desservez tout cela, et ne laissez que ce qu'il faut pour prendre le thé. Avez-vous vu ce général ?
SIMON. Oui, madame, c'est un gros papa de général qui a, ma foi, bonne mine. Pour brave, il doit l'être, car ses épaulettes sont fièrement grosses.
MADAME DE GENNETINES. Est-ce qu'il est en uniforme?
SIMON. En grande tenue complète, jusqu'au chapeau galonné.
MADAME DE (iENNF.TiNEs. A la bonne heure ! c'est un