MADAME DELORME, M. DE NORMONT, LÉONIDE, FERNAND
MADAME DELORME. Volci Femand, il est comme de la famille; je l'ai presque élevé; nous allons lui demander son avis.
M. DE NORMONT. Si c'est avec lui que vous avez des engagements pour mademoiselle Léonide, assurément il ne sera pas d'avis de les rompre.
FERNAND (gaîment). Il n'y a rien à rompre entre mademoiselle Léonide et moi.
M. DE NORMONT (à Léonide). Est-il vrai, ma belle enfant? C'était ma seule crainte.
LÉONIDE. Vous devez être rassuré.
M. DE NORMONT. Aucun rival ne m'effraie plus.
FERNAND. Vous me regardiez donc comme le plus redoutable?
M. DE NORMONT. Mais oui, mais oui. La marquise avait raison de se moquer de moi ; elle a un tact parfait. Eh bien ! monsieur Fernand, soyez mon auxiliaire.
FERNAND. De tout mou cœur.
MADAME DELORME. Fernand, en voilà assez.
M. DE NORMONT. Vous VOUS en êtes rapportée à lui, tant pis pour vous.
FERNAND (à madame Delorme). Que pouvez-vous répondre à cela?
M. DE NORMONT. Si j'ai tort, il condamnera. Monsieur Fernand, j'offre pour gendreà madame Delorme un jeune homme dr^ bonne famille, très-répandu , ayant les manières de la meilleure compagnie.
FERNAND. Commoni refuser un jeune homme qui a des manières?
M. DE NORMONT. De l'avenir le plus brillant! Ma Jémarclio est aulorisée par uKidanie de Gennelines, qui promet de faire au-delà de ce (|iron peut imaginer. Elle prendra le jeune ménage chez elle; vous avez pu voir combien elle est facile à vivre; elle le comblera de présents de toute espèce; ce sera sa famille, ses enfants. On passera six mois à Paris, et les six autres dans cette terre que madame Delorme continuera d'habiter et de régir comme par le passé ; ce qui ne dérangera en rien son existence. Seulement, elle sera privée une partie de l'année du plaisir de voir mademoiselle Léonide; mais comme à chaque voyage nous la lui ramènerons plus formée, plus parfaite , il y aura compensation.
FERNAXD. Et au-delà.
MADAME DELORME. Monsieur de Normont , si vous faisiez bien, vous suivriez mon exemple, et vous laisseriez là ce mauvais sujet de Fernand.
(Elle preml le bras de sa fille et sort en faisant par si^'nes de légers reproches à Fernand.)