‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 273 sur 382 · SCENE XXI · texte numérisé non relu

SCENE XXI

A[. DE NORMONT. Que suis-je venu faire ici, madame?

MADAME DE GENNETiXES. Vous devez le savoir mieux que moi.

M. DE NORMONT. Et mon neveu ?

MADAME DE GENNETiNES. Il est à Paris.

M. DE NORMOXT. Vous m'aviez vanté votre influence sur le mariage de votre nièce, et votre nièce est aux trois quarts mariée sans que vous en sachiez un mot.

MADAME DE GENNETIXES. Que m'importe le mariage de ma nièce !

M. DE NORMONT. Il me Semble que le mariage de votre nièce doit vous importer autant que celui du général.

MADAME DE GEXNETiNES. Est-ce Une scèue que vous voulez me faire?

M. DE NORMONT. Je VOUS avoue, madame, que j'ai de l'humeur, beaucoup d'humeur.

MADAME DE GENNETiNES. Tant pis pour VOUS. Croyez-vous que je n'en ai pas, moi ?

M. DE NORMONT. Je ne suis venu dans cette maison que sur les promesses que vous m'aviez faites.

MADAME DE GEXXETiNES. Taisez-vous douc, mousicur de Normonl.,.. Laissez-moi croire que, dans votre voyage, il entrait bien quelque peu de complaisance pour moi.

M. DE NORMOXT. La Complaisance a ses conditions, madame. Même en ne venant ici que par complaisance, fallait-il au moins que madame votre sœur fût prévenue.

MADAME DE GEXXETiXES. Ma sœur s'embarrassebien de ces délicatesses-là ! Est-ce qu'elle connaît rien aux usages du monde?

M. DE NORMONT. Enfin elle pense quelque chose.

MADAME DE GENNETINES. C'eSt tOUt au pluS.

M. DE NORMOXT. Venir ainsi impromptu à votre suite! C'est tout ce que ferait un amant qui ne pourrait pas se passer de vous un instant.

MADAME DE GENNETINES. Je ne vois pas le tort que cela vous ferait.

M. DE NORMONT. Le tortl.... le tort!.... Enfin, madame, comme ce n'est pas là mon motif....

332 LES DEUX SCEIRS.

MADAME DE GEN.NEïiNES. Que c'cst grossier ce (jue vous dites là ! fi !

M. DE NORMONT. Mais, ma lame

MADAME DE GENNETINES. AliuilS, allOîlS, 116 CuntillUeZ paS,

ou je croirai que l'air de ce pays-ci vous a rendu maussade comme tout ce qui approche ma sœur. Je vais être de bonne foi : je voulais un compagnon de voyage; vous hésitiez; j'ai pensé à Léonide, à votre neveu ; j'ai amalgamé tout cela tant bien que mal, sans savoir ce que je faisais. Vous êtes venu avec moi , et nous nous en irons ensemble.

M. DE NORMONT. Je ne crois pas, car je compte partir dès aujourd'hui.

MADAME DE GENNETINES. Remettons cela à demain.

M. DE NORMONT. Je ne plaisante pas, madame, je ne puis plus rester ici.

MADAME DE GENNETINES. M moi uon pi US. Que voulezvûus que j'y fasse? Vous me connaissez depuis longtemps; vous savez combien je suis facile à me laisser séduire par de bons procédés. Si ma sœur, si sa fille, eussent eu l'orabro du sens commun, elles auraient fait de moi tout ce qu'elles auraient voulu. Mais leur ingratitude est trop manifeste; je ne puis plus les regarder comme de ma famille; ce sont des ennemies. Xon-seulemenl j'ai à me défendre contre leur aniraosité, mais elles ont encore trouvé moyen de l'inculquer à toutes les personnes que je rencontre chez elles. Cela vous gagnerait vous-même, si je vous laissais faire, vous qui avez toute ma confiance, et qui ne pouvez me reprocher, quoi doue? qu'une ruse bien innocente que l'amitié que j'ai pour vous pouvait seule me suggérer. Voyez ce que je deviendrais dans ce moment si je n'avais pas avec moi un ami à qui je puisse parler à cœur ouvert. J'étoufferais.

M. DE NORMONT. Je crois que vous mettez les choses au pis.

MADAME DE GENNETINES. Vous èles trop candide, monsieur de Normonl. Quelque sotte ((ue l'on soit, on se rend involontairement justice, et ma sœur a été offusquée de la supériorité que j'ai sur elle. Alors elle a décidé de me garder comme en prison, de me cacher à tous les yeux; ou, si elle

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