‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 274 sur 382 · SCENE \X1. ôôô · texte numérisé non relu

SCENE \X1. ôôô

me laissait voir qiiekiii'mi, iltî [jiévenir lellenienlce quelcju'iiii contre moi, que je ne pusse rien faire pour me léiiabiiiier.

M. DE >'ORMONT. Ellc m'a toujours parlé fie vous dans d'excellents termes.

MADAME DE GENNETiNF.s. Jo lecrois bien. Sans avoir d'espril, on peut avoir de la finesse, surtout de cette sorte de tinesselà. Elle devait bien penser que, vous amenant avec moi, mon choix avait été décidé par un sentiment quelconque.

M. DE NORMONT. Je sais à présent ce que c'est que le sentiment qui vous a décidée.

MADAME DE GENNETINES. Èles-vous bien sùr de le savoir;'

M. DE NORMONT. Vous vencz de me le dire tout à l'heure. Vous vouliez avoir un compagnon de voyage ; voilà tout votre sentiment.

MADAME DE GENNETIXES. C'est bien; je ne dois pas vous en dire davantage.

M. DE NORMOXT. N'est-ce pas la vérité?

MADAME DE GEXNETiNES. Parmi toutes mes connaissances, je n'en aurais pas trouvé un autre que vous, si je n'eusse voulu qu'un compagnon de voyage? Dans vos idées, je l'aurais choisi à croix ou pile, à ce qu'il parait. Vous n'êtes guère avantageux, monsieur de Normonl; (avec intention.) vous ne l'êtes même pas assez.

M. DE NORMONT. Quoi ! vraiment !... Mais vous plaisantez encore.

MADAME DE GEXNETINES. D'après l'essai que je viens de faire, il est prouvé que je n'ai plus de famille; mais ce n'est pas une raison pour reslei' éternellement isolée. Je bénis le ciel d'avoir rendu impossibles les projets de mariage que nous avions formés; nous nous en serions repentis tous les deux, soyez-en sùr. Je me serais dépouillée, je me serais lié les mains. Quels regrets je me serais préparés ! Nous aurions été alliés ensemble, il est vrai; mais ne nous reste-t-il pas un moyen de l'être plus intimement?

M. DE NORMONT. Je n'ose pas vous écouter; ce n'est peulêlre encore qu'un jeu.

MADAME DE GENNETiNES. Je 06 VOUS dis pas que ce soit un engagement formel , mais je sens qu'il faut m'altachor un IV. 19.

334 LES DEUX SœURS.

ami. L'existence que je mène est fatigante ; l'âge des coquetteries et des légèretés commence à se passer pour moi ; je l'avais senti en cherchant à me rapprocher de ma sœur ; elle s'est éloignée , ce n'est pas ma faute : il est tout naturel que je fasse de nouvelles combinaisons.

M. DE NORMONT. Parlez-vous sérieusement?

MADAME DE GENNETINES. Au surplus, je Serai bien vengée. Madame Delorme, avec toute sa perspicacité, ne se doute pas du choix qu'elle a fait pour sa fille.

M. DE NORMONT. Vous le connaissez donc?

MADAME DE GENNETINES. Nous ne l'avez pas deviné? C'cst ce jeune homme qui est toujours fourré ici , ce petit Fernand.

M. DE NORMONT. Ah ! bah !

MADAME DE GENNETINES. Je me garderais bien de lui dire ce que j'en sais. Malgré son air de Caton, il les mènera bon train ; vous pouvez compter là-dessus.

M. DE NORMONT. Si VOUS en étiez bien persuadée cependant....

MADAME DE GENNETINES. J'avertirais ma sœur? Elle ne m'écouterait pas. Pensons à nous, monsieur de Normont; c'est bien assez. Donnez des ordres, faites préparer tout ce qu'il faut pour notre départ, et laissons madame Delorme s'arranger comme elle l'entendra. Allez donner des ordres; allez donc. A quoi réfléchissez-vous?

M. DE NORMONT. Pauvre petite Léonide! elle n'est pas coupable, elle.

MADAME DE GENNETINES. Elle ne scra pas malheureuse; elle n'a pas assez d'esprit pour cela. Allez donc, allez donc : je voudrais déjà être à cent lieues d'ici.

M. DE NORMONT. Je vais.

(11 sort.)

Page 1