SCENE I
MADAME DUTILLEUL, et successivement MARIE-JEANNE et GAUTHIER.
MADAJiE DUTILLEUL. Cette pièce sent encore un peu l'humide ; mais en ayant soin de lui donner de l'air, d'ici à quelques jours il n'y paraîtra plus, et ce sera un cabinet trèshonnête pour un magistrat.
MARIE-JEANNE (apportant des flambeaux). Madame oii fautil mettre ça ?
MADAME DUTILLEUL. Sur la cheminée, de chaque côté du buste du roi.
MARIE-JEANNE. C'est joli, tout de même. Ces pots de fleurs, ces chandeliers avec des bougies toutes neuves, et ce buste du roi au milieu, ça a quasi l'air d'un reposoir.
MADAME DUTILLEUL. Ça a l'air que ça doit avoir, Marie-
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Jeanne; ça indique que mon fils vient d'èWc iioiiiiin' .-nlislilut.
GAUTHIER (apporlant une gravure). Madame, v'Ià le tableau. C'est-il le moment de le placer?
MADAME DUTiLLEUL. Je crois qu'on ne risque plus rien à cette heure. Accroche-le au clou que j'ai fait mettre au-dessus du bureau. Accroche-le bien au moins, de manière à ce qu'il ne tombe pas.
GAUTHIER. Ah! pardine, n'ayez pas peur. (Il monte sur une chaise pour placer la gravure, et reste quelque temps à la considérer.) Madame, quoi que ça veut donc dire c'te image-là?
MADAME DUTILLEUL. Image! imbécile; c'est au contraire une gravure magnifique que mon frère a envoyée de Paris à mon fils, en même temps que sa nomination de substitut de monsieur le procureur du roi. Il faut toujours, à ce qu'il paraît, qu'un magistral ait cela dans son cabinet. C'est le crime qui poursuit la justice.
GAUTHIER. Le crime qui poursuit la justice ?
MADAME DUTILLEUL. Est-ce que j'ai dit comme cela ?
GAUTHIER et MARIE-JEAMNE. Oui, madame.
MADAME DUTILLEUL. Eh bien! j'ai mal dit. Je voulais dire la justice qui poursuit le crime. Regardez : voyez-vous comme il cherche à se cacher? mais il a beau faire, rien ne peut échapper à la justice ; elle voit tout, non-seulement ce qu'on fait, mais encore ce qu'on pense; elle descend au fond des cœurs. Et la justice, mes enfants, vous savez que ce sont les magistrats, comme qui dirait les substituts, par exemple.
MARIE-JEANNE. Quoi, madame, monsieur Prosper descendra au fond des cœurs à présent?
MADAME DUTILLEUL. Il n'y a pas de doute, Marie-Jeanne.
MARIE-JEANNE. 0 mon Dicu ! Dis donc, Gauthier.
GAUTHIER. Bast! bostl esl-ce que ça peut lui être venu loul de suite comme ça?
MADAME DUTILLEUL. Ne t'y fie pas trop, Gauthier.
GAUTHIER. Je m'en moque, je ne crains rien. Il peut descendre quand ca lui fera plaisir. Pas moins, je parierais que mamzelie, qui n'est jias substitut, sait plus de méchancetés