SCÈNE II
MADAME DUTiLLEUL. Qu'cst-ce que VOUS dites donc, madame Brachet?
MADAME BRACHET. Je ne pense pas à Prosper; je parle en général.
MADAME DUTILLEUL. Prosper cst magistrat; on lui dit de poursuivre, il poursuit. C'est son devoir, cela ne le regarde pas.
MADAME BRACHET. Quand OU a un bon cœur, cependant...
MADAME DUTILLEUL. Il ne faut pas de cœur pour cela. Il y a longtemps que, sans s'attendre à rien, il s'amusait déjà à faire des actes d'accusation à propos de crimes qu'il inventait lui-même; tout était supposé, les pièces de conviction, les témoins à décharge : il n'y manquait que le coupable.
MADAME BRACHET. C'est ce qui manque à bien des procès. Dans les temps de révolution, les plus honnêtes gens sont presque toujours les plus persécutés; et j'ai grand'peur que la nouvelle position de votre fils n'éloigne de vous beaucoup de vos amis.
MADAME DUTILLEUL. Ne Craignez donc pas cela. Je vous montrerai la lettre de mon frère ; vous y verrez que c'est un ministère de confiance qui mène à tout ceux qui l'exercent.
MADAME BRACHET. Je n'ai pas voulu vous faire de peine. Vous savez comme nous nous parlons sans façon entre nous deux.
MADAME DUTILLEUL. Je VOUS en remercie, et je serais bien fâchée qu'il en fût autrement.
MADAME BRACHET. Au TCVOir.
(Elle sort.)
MADAME DUTILLEUL. C'est uno brave femme que cette madame Brachet. Je n'avais pas attendu ce qu'elle vient de me dire pour en faire la réllexion. Mon frère est ambitieux; il s'imagine que pour faire son chemin il suffit d'avoir le pied dans l'étrier; il faut encore du talent, et Prosper en a si peu! Après tout, il y en a peut-être beaucoup qui n'en ont pas plus que lui et qui réussissent. La Providence est si grande!