‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 283 sur 382 · MADAME DUTILLEUL, PROSPER · texte numérisé non relu

MADAME DUTILLEUL, PROSPER

PROSPER. Ah ! maman , que j'ai donc le cœur gai ! Je viens enfin de voir monsieur le procureur du roi. 11 est curieux à entendre; sa conversation est si instructive! 11 m'a bien dit de ne pas me faire un hydre de tout cela : c'est le pont aux ânes.

MADAME DUTiLLELL. Tant mieux pour loi, mon enfant.

PROSPER. D'abord, tout ce qui n'est que crime ordinaire, comme vol, incendie, assassinat, on peut traiter cela comme on veut, à sa fantaisie, sans se fatiguer; c'est de très-peu d'importance, personne n'y prend garde. Il n'y a donc réellement que les délits politiques qui démaillent du soin. \ous allez croire que c'est la mer à boire, eh bien ! pour les délits politiques, on a des protocoles tout faits.

MADAME DUTILLEUL. Je disais aussi : .Mais !oiis ces accusateurs publics ont l'air de dire la même chost'.

PROSPER. Maman, il ne faut pas nous appeler accusateurs publics: c'est révolulionnaire.

MADAME DUTILLEUL. 11 esl vr.ii que beauioup de gens s'imaginent encore qu'il faut avoir un c Pur de tigre pour faire ce métier-là.

PROSPER. Un procureur du roi comme le nôtre, par exemple, qui ne vil que de lait !

MADAME DUTILLEUL. Ah ! c'cst drôle.

PROSPER. Aussi est-il doux comme un agneau; mais jusqu'à son dernier soupir il défendra la monarchie actuelle, comme il a défendu l'autre. Il n'y a pas de lois, il n'y a pas de charte qui puissent l'arrêter. Il m'a dit là-dessus un mol sans réplique que je lui ai demandé la permission d'écrire pour ne pas l'oublier. C'est une révélation tout entière. (Il tire un papier de sa poche). Tenez, le voici :

« Le pouvoir ne peut pas rester désarmé en présence des » factions qui conspirent sa perte. »

MADAME DUTILLEUL. T'en scrvifas-tu?

Page 1