‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 291 sur 382 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

inlriganlà Paris, il la ul qu'il devienne magistrat ici! Je ne sais pas de quoi je m'élonne; tout ne se l'aii-il comme cela à présent? (Il aperçoit la lettre que .Marie-Jeanne a apportée.) Voici notre lettre; monsieur le substitut n'est guère curieux ; elle n'est pas encore décachetée. Ma démarche est toute d'intérêt pour lui. Pauvre diable, il ne sait pas oîi il va !

ARMAND, PROSPEK.

PROSPER. Bonjour, mon cher Armand.

. ARMAND. J'ai l'honneur de présenter mes très-respectueux hommages à monsieur le substitut do monsieur le procureuidu roi.

PROSPER. C'est drôle, n'est-ce pas?

ARMAND. Tu n'as pas encore ouvert notre lettre?

PROSPER. Notre lettre !

ARMAND. La lettre que voilà.

PROSPER. Qui donc me l'a écrite?

ARMAND. Nous tous tes aucieus camarades.

PROSPER. C'est une lettre collective?

ARMAND. Tu as l'air d'avoir pour. Itassure-lui, ce n'est point un cartel.

PROSPER. Cartel ou non, je ne reçois pas de lettres collectives.

ARMAND. En ce cas, je vais la reprendre, et nous t'en enverrons chacun une copie.

PROSPER. Je ne devine pas ce que vous pouvez me vouloir.

ARMAND. Comme tu vas attaquer la liberté de la presse, nous le rendons les sermon is que lu nous as faits de la soutenir avec nous.

PROSPER. Je n'attaque qu'un journal légitimiste.

ARMAND. Malin! Et demain quand un te dira de tomber sur les libéraux?

PROSPER. Je verrai ce que j'aurai à faire.

AKMAND. Comment donc ! mais te voilà au grand complet. .Moi, simple que j'i'tais, j'avais sollemeut cru jtouvoir rou\rir IV. 1>0.

les yeux sur ce premier pas où lu t'engages, le faire voir l'inconvénient d'attacher ton nom à une aussi triste époque que la nôtre; je suis fâché de m'être trompé. Heureusement j'en aurai bientôt porté mon deuil.

' PROSPER. C'est donc un bien grand crime que d'accepter des fonctions de substi tut ?

ARMAND. Pour toi il ne peut pas y en avoir de plus grand, car c'est une apostasie.

PROSPER. Monsieur, je suis magistrat; je ne puis pas écouter un pareil langage.

ARMAND. Ce langage, il n'y pas quinze jours, était encore le tien. Crois-tu que ce soit pour l'irriter que je te le rappelle? C'est pour dissiper ton aveuglement, c'est par pure amitié. Tu n'as pas un assez grand mérite pour que la désertion nous paraisse une calamité; nous t'aimons même mieux pour persécuteur que qui que ce soit. Mais nous sommes tous du même âge, nous vieillirons ensemble : pourquoi élever à jamais une barrière entre nous?

PROSPER. A jamais ! parce que j'aurai prêté mon ministère à un gouvernement établi, à un gouvernement reconnu, à un gouvernement qui a l'assenlimenl de la France entière?

ARMAND. La France entière veut avant tout les libertés qu'elle a conquises.

PROSPER. Le pouvoir ne peut pas non plus rester désarmé en présence des factions qui conspirent sa perte.

ARMAND. Pauvre pouvoir en elïet qui n'a pour se défendre que l'armée, le budget, la nomination à toutes les places, à tout ce qu'on appelle honneurs et dignités; et de plus une police qui résume en elle seule les roueries de tous les régimes ! C'est un pouvoir bien à plaindre.

PROSPER. Qu'est-ce que tout cela sans l'opinion publique?

ARMAND (riant). Un gouvernement qui a l'assentiment général, sauf l'opinion publique 1 Ah ! je l'en prie, Prosper, tâche donc de faire entrer cela dans ton réquisitoire.

PROSPER. Avec vos journaux, vos pamphlets et vos caricatures, vous démoliriez le monde. Je déhe aucun gouvernement de résister à la législation que nous avons.

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