‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 292 sur 382 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ARMAND. Tu vas au plus court; il faut mettre la loi hors la loi.

PROSPER. Tu ne peux pas te figurer combien tes plaisanteries me paraissent de mauvais goût.

ARMAND. C'est la grâce qui opère; il ne faut pas t'en plaindre. Tu dois désormais trouver ridicule toutes les personnes qui ont des convictions.

PROSPER. Est-ce à dire que je n'en ai pas, moi?

ARMAND. Tu n'as rien, mon cher, tu ne sais rien, tu ne t'es jamais douté de rien. Te voilà lancé par ton procureur du roi, et déjà tu brûles de t'attaquer à deux des plus honnêtes gens du pays, auxquels tu dois également des égards ; le premier, l'auteur de l'article, parce que c'est un de nos anciens professeurs; et l'autre...

PROSPER. Il n'y en a pas d'autre.

ARMAND. Vois comme tu es bien instruit! Tu n'as qu'à triompher, par hasard, dans ton réquisitoire de début, faire condamner ton adversaire à l'amende la plus forte possible, tu seras bien content : qui crois-tu qui la paiera ? Ton beaupère futur, monsieur Bulard, qui est le plus fort actionnaire du journal qu'on t'a donné mission de pulvériser. Arrangetoi à présent, je m'en moque.

PROSPER. Quelle singulière engeance que ces libéraux ! Au lieu d'être enchantés de voir s'élever un des leurs, ce qui est tout naturel, ils ont l'air de me porter envie. Je n'y conçois rien. Il est toujours honorable d'être investi de la confiance d'un gouvernement ; d'ailleurs j'aime celui-ci. Que peut-on lui reprocher? qu'a-t-il fait depuis qu'il est là ? Rien que de chercher à s'établir envers et contre tous. S'il s'est fourvoyé, cela le regarde. Pourquoi donc se déchaîner contre lui ? Les factions sont vraiment bien sottes.

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