MADAME LUDGER, M. DOTTI
M. DOTTI. Où va-t-il comme cela?
MADAME LUDGER. Esl-ce (|ue je lésais?
M. DOTTI. Comment! il ne vous dit p.is lout? MADAME LUDGER. A moi !
M. DOTTI. Je le croyais bonnement. Ali î ce cher mari a des secrets pour vous 1
MAD.wiE LUDGER. Ce>l peut-ctre prudent.
M. DOTTI. Pour le coiip. je ri^pon Irais bien de lui. F.sl-ce qu'il y a de la brouille dans le ménage?
MADAME LUDGER. Quand une femme s'est imposé la plus giainle ré>ignaliun, il ne peut pas y avoir de brouille, monsieur Dfiiii.
M. DOTTI. C'est donc plus sérieux que je ne pensais? Parlez-moi un peu : je suis un ancien ami de la maison. Pauvre pdile femme! Eh bien! qu'est-ce que vous avez d.ms l'idée? Je connais Henri de toute éiernité; il me paraît difficile qu'il ait de bien grands torts; mais cependant...
MADAME LUDGER. Je ne lui reproche rien. Une femme est si piiu de chose : à peine lui doii-on des égards. D'ailleurs j'ai été élevée dans un couvent, vous comprenez que je suis pétrie de préjugés.
àl2 LES ESSAIS.
M. DOtTi. Qu'esl-ce que cela veut dire i*
MADAME LUDGER. J'ai le lort de n'aimer que les personnes qui me conviennent; il se trouve que ce sont précisément celles qui plaisent le moins à monsieur Ludger.
M. DOTTi. Cela est très-commun dans les ménages.
MADAME LUDGER. Je ne veux aussi aller qu'à un seul théâtre , à l'Opéra-Bouffe; il s'imagine que c'est pour le contrarier, il répèle sans cesse que je veux faire sentir en tout l'aristocratie de mon éducation; que j'aurais dû épouser un sot.
M. DOTTi. Quelle folie! Mais, moi, je n'aime aussi que rOpéra-BoulTe; la preuve c'est que je viens de m'assurer d'une loge pour la saison. Pourquoi? Parce que c'est le théâtre dont on pîirle le plus, et que c'est comme une obligation d'y être abonné. Qu'il lise donc mon journal, il verra le cas qu'il doit fnire du vaudeville, et de ces insipides comédies à ariettes, et des fions fions et des ponts-neufs qui font la désolation de tous les gens de goût.
MADAME LUDGER. Je ne proscris rien pour les autres; mais j'ai une règle de conduite pour moi, cela devrait m'être permis, ce me semble. Que ceux qui ne voient aucune différence entre les comédiens aillent indifféremment partout où ils voudront, je ne les en empêche pas. Chacun a sa manière d'envisager les choses.
M DOTTi. Oui , sans doute ; quand on aime la bonne compagnie, il n'y a que les Bouffes; vous avez raison. Les femmes y sont plus en évidence, la salle est mieux éclairée, les hommes y ont une meilleure tenue; il y fait chaud; ça commence plus tard ; on a le temps de dîner ; on en sort bien ; le vestibule est commode : voilà le grand charme.
MADAME LUDGER. Ce n'cst pas trop que de demander à avoir mon libre arbitre là-dessus.
M. DOTTi. Comment donc! mais c'est trop juste.
MADAME LUDGER. Vous êtes heureux, vous autres hommes.
M. DOTTi. Je n'aime pas qu'une femme dise cela.
MADAME LUDGER. Vous faites toul ce que vous voulez.
M. DOTTL Pas toujours,
MADAME LUDGER. Aussi je ne conçois pas pourquoi vous