‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 317 sur 382 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

M. LUDGER. Alors je ne comprends rien aux confidenres que Di'iii vi^nl de fiie faire, el je ne lui p;irdonne pas l'inquiétude qu'il m'a causée.

MADAME LUDGER. Je voulais me débarrasser de lui ; j'ai préiexié une iii lisposiiion pour (ju'il me laissât seule. Je n'aurais pas employé ce mown si j'a\nis ()U prévoir qu'il dûi vous rcncoutrer. J'ai eu tort, je m'en rcfiens.

M. LUDGER. Que VOUS êtes aimable quand vous le voulez !

MADAME LUDGER. il y a un reproche dans ce compliment. Etait-ce votre intention ?

M. LUDGER. Tenez, ma bonne amie, parlons une fois a cœur ouvert, el qu'un moment de franchise dissipe pour jarnais ce qu'il y a de pénible dans notre situation. A l'effroi que j'éprouvai en vous croyant souffrante, Hotli n'a pas pu s'em (lécher d'entrer avec moi dans des détails d'où il résulterait que je suis jaloux. Moi, jaloux ! monsieur Léopold me paraît un fort gentil garçon, il est aimable, il a de l'esprit. Feut-étre vaut-il mieux que moi, mais il n'est pas votre mari, el cela suffit pour me tranquilliser. Vous ne m'avez pas cru jal'iux, n'est-ce pas? (Madame Ludger sourit.) A la bonne heure. Quoique je vous étudie souvent, je ne puis pas toujours deviner le but de vos petites combinaisons.

MADAME LUDGER. Comment! des combinaisons!

-M. LUDGER. (Jui, ûui. le temps en temps vous faites des essais pour acquérir de l'empire sur moi et vous élever dans mon esprit par un rigorisme d'emprunt.

MADAME LUDGER. Ne diles pas d'emprunt.

M. LUDGER. Si fait, si fait, ma bonne amie; d'emprunt. Pour être parfaite, il vous suftirait de \ous confier à votre caractère ; mais l'éducation (|ue vous avez reçue vous a mis dans la tête des idées hi/arres qui vous ont inspiré le désir d'é onner. Qu'arrive-t-il de là? (ju'un mari qui n'a pas la patience d'attendre que celte échafaudage de faux semblants soit tombé, va chercher à se distraire ailleurs.

MADAME LUDGER. Aux Boulïes ce soir, par exemple,

M. LUDGER. Partout. Cela ne \aut-il pas mieux que de tourmenter une pauvre petite femme qui souffre déjà assez du mal qu'elle se l'ait à elle-même?

iv. 22

MADAME LUDGER. Si VOUS aviez la conviction de ce que vous dites, que ne me parliez-vous plus tôt?

M. LUDGER. Je n'ai fait que cela de cent manières différentes; mais vous preniez alors un air qui m'était insupportable.

MADAME LUDGER. Insupportable!

M. LUDGER. Insiipportcible esl peut-être trop fort. Mais pour nous autres hommes, oci'upés d'atfaires sérieuses, vous ne pouvez pas savoir comble;! il nous en coûte pour nous soumettre aux caprices mêmes de la femme que nous aimons le mieux. Des idées transporiées d'un monde chimérique dans le monde réel et toujours positif ne nous paraissent pas assez importantes pour y subonlonner notre conduite. Vous-même, ma bonne amie, je suis sur que vous en êtes souvent embarrassée.

MADAME LUDGER. Je ne sais pas à quoi vous voyez cela.

M. LUDGER. Essayez de me faire croire que vous mettez une grande différence entre des comédiens excommuniés et d'autres qui, à ce qu'on dit, ne le sont pas; à votre âge, dans ce temps-ci ! Tenez, vous faites votre petite moue pour vous empêcher de rire. Je ne vous en demande pas davantage. C'est pourtant le sujet de notre querelle d'hier.

MADAME LUDGER. Vous ne voulcz pas comprendre que dans ma société...

M. LUDGER. Je vous arrête encore là. Votre société! Qu'estce que c'est que votre société? Pouvez-vous dire que vous ayez une société? c'est un mot que vous avez appris, et malheureusement avec la grimace qui en est la suite obligée.

MADAME LUDGER Je fais dotic la grimace?

M. LUDGER. Hemarquez par plaisir les femmes qui disent : Ma société ; il n'y en a pas une qui n'accompagne cela d'une mine à faire entendre qu'elle ne voit que des gens à part pour le ton, pour les manières, pour la conduite. J'en hausse les épaules.

MADAME LUDGER. Qu'cst-pc que Cela vous fait?

M. LUDGER. Cela ne me l'ail rien pour ces belles dames-là ; mais souvent, à les entendre, on s'imaginerait que leur mari ne fait pas partie de leur société. Moi qui vous aime tant !

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MADAME LUDGER (d'un toii de plaisanterie). Aussi, monsieur Ludger, pouvez-vous être assuré que de toutes les personnes que je vois vous serez toujours celle que je recevrai avec le plus de considération.

M. LCDGER (gaîment). Puisque nous voilà d'accord sur ce point, nous le serons bientôt sur le reste.

MADAME LUDGER. Vous allez vile en conversion.

M. LUDGER. Je sème en si bon terrain ! Au lieu de me l'aire soupçonner d'une jalousie qui serait offensante pour vous, faites qu'on envie notre bonheur. Quelle coquetterie peut-on mettre à se faire plaindre? Avoir la prétention de se faire plaindre, c'est chercher à faire pitié.

MADA^iE LUDGER. Ce Serait en effet une singulière ambition

M. LUDGER. Avouez-le.

MADAME LUDGER. Vous triomphez, je n'ai rien à répondre : la raison est de votre côté. Maisauriez-vous la même résignation que moi si je vous disais à mon tour ce que je pense de vous?

M. LUDGER. Dites.

MADAME LUDGER. Ne VOUS trouhlez pas.

M. LUDGER. En vérité, je suis fo:l calme.

MADAME LUDGER. Et \ous avez raison , car vous êtes le meilleur des maris, et moi la plus heureuse des femmes.

M. LUDGER (l'embrassant). Je vais faire avancer la voiture et vous conduire aux Bouffes pour tranquilliser vos amis et leur dire que vous êtes parfaite. Le \oulez-vous?

MADAME LUDGER. Je veux bien aller aux Bouffes, mais je ne veux pas que vous disiez à propos de rien (|ue je suis parfaite. Vous auriez l'air de ne vous en être aperçu qu'aujourd'hui.

M. LUDGER. Eh bien! j'attendrai.

(Il l'embrasse encore et s'en va.)

MADAME LUDGER (seule). Il esl plus clairvoyant que je ne croyais, c'est fort heureux pour moi ; car, avec ce qu'il appelle mes petites combinaisons, il est certain que je ne savais plus où donner de la tête :

OUI RUSE s'abuse.

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TTON.NON, JE vous KN CONJURE.

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