‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 318 sur 382 · LE CURÉ, CONSTANCE · texte numérisé non relu

LE CURÉ, CONSTANCE

CONSTANCE. Vous pouvez entrer, monsieur le curé; monsieur le sous-préfet a dit qu'il serait à vos ordres dans un moment.

LE CDRÉ. Est-ce que vous ne vous trouvez pas un peu dépaysée dans une maison comme celle-ci, ma chère Constance?

CONSTANCE. Pas trop, monsieur le curé, parce que monsieur lo sous-préfet, tout sous-préfet qu'il est, ne peut toujours être pour moi que le petit Auguste que j'ai porté dans mes bras, vous entendez bien.

LE CURÉ. Il est vrai que vous êtes comme sa nourrice.

CONSTANCE. H a perdu si brusquement son père et sa mère, IV. 25.

■390 LE SOUS-PREtET.

le pauxre entant 1 Eh h'u.'nl çi n eu beau grandir, c'est loujouis resté le meilleur },'aiçon du monde.

LE CURÉ. Un peu étourdi.

CONSTANCE. Qui est-ce qui n'a pas été un peu étourdi?

LE CLRÉ. Il va pourtant une Certaine gravité indispensable dans un homme en place.

CONSTANCE. Ah! vraiment, s'il a une place, on peut bien dire que ce n'est pas sa faute. Il est assez riche pour se passer de cela. Mais son tuteur , qui est si fn-r d'être député, a trouvé superbe d'en faire un sous-préfet [lour monirer le crédit dont il jouit à Paris. Monsieur Auguste s'est laissé faire, voilà tout.

LE CURÉ. De manière on d'autre, ma chère Constance, il devrait sentir que cela lui impose des devoirs.

CONSTANCE. Eh! mon Dieu, qui donc pourrait se plaindre de lui? Jamais on n'a été plus tranquille ici que depuis sa nominaiion. Les autres élaierU >i ia(|inns! (lornme il dit souvent lui-même, ce n'est pas un sous-préfet qui empêchera les cbiises.

LE CURÉ. Certainement ce n'est pas un sous-préfel qui empèch(5ra les choses de s'accomplir. Mais vous, Constance, qui avez de bons sentiments, ne devriez-voiis pas lui faire entendre qu'il devrait donner un meilleur exemple?

CONSTANCE. Vous ne le connaissez guère, monsieur le curé : si j'allais lui parler d'aller à la mes-^e, il verrait bien que ça ne vieil! pas de moi, et il n'en ferait que rire.

LE CURÉ. Il y a cependant, même dans ce temps-ci, des gens qui ont éprouve que c'était une chose as.sez sérieuse.

CONSTANCE. I>ites-le-lui vous-même, c'est vntre étai; peutêtre vous écoutera-t-il. Quant à moi, je puis vous répondre qu'il n'y a pas sur terre un homme plus charitable, ni qui donne plus que lui.

LE CURÉ. A qui donne-t-il? à des réfugiés, à des condamnés. Ce n'est plus de la charité, Constance, c'est de l'esprit de parti.

CONSTANCE. Le grnnd malheur! N'est-ce pas aussi par esprit de parti que d autres duiinenl à d autres? De celle façunlà téus ceux (jui souffrent sont soulagés.

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