‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 352 sur 382 · IV. 2ô · texte numérisé non relu

IV. 2ô

-134 LE l'.AppKlHJJKMENT.

LE DOCTELR. Je le vois, rnoi.

MADAME DALALV. Mîiis regardez donc bien, docteur.

LE DOCTEUR- Si VOUS les ûuvrez de force, si vous les excitez, ils vont me reparaître charmants ; mais ce ne sera qu'un éclair.

MADAME DVLAiN. Pour VOUS les montrer, il faut bien que je les ouvre; quant à les exciter, je ne sais pas ce que vous voulez dire.

LE DOCTEi'R. Ce n'est pas votre faute. Jamais une femme qui montre ses yeux ne les montre n.ilurellemenl. El voiro teint, direz-vous qu'il n'est pas brouillé?

MADAME DALAix (reloumant à la glace). Vous trouvez cela un teint brouillé?

LE DOCTELR. C'est que je ne m'y connais plus.

MADAME DALAIN. Je le crois.

LE DOCTEUR. Donnez-moi donc un peu ce bras, que je voie comment nous avons le pouls. (Madame Dalairi lui tend le bras, qu'il a l'air de consulter avec la plus grande allenlion.) Je ne m'élonne plus. Je disais aussi : Que diable! il n'est pas possible qu'il n'y ail pas quelque chose là-dessous.

MADAME DALAIN (intimidée). Qu'y a-l-il, docteur?

LE DOCTEUR (tenant toujours la main de madame Dalainj. C'est bien cela. Je ne reviens pas de ma bonhomie! Voilà une heure qu'elle me lient à écouter mules ses doléances sur monsieur Dalain ; j'aurais cru qu il y avait un mur d'airain entre eux.

MADAME DALAi.N". Qu'est-ce quc cela signifie?

LE DOCTEUR. Petite dissimulée !

MADAME DALAIN. Je n'ai rien à dissimuler.

LE DOCTEUR. Toutes les jeunes femmes sont de même ; elles n'avouent jamais les choses que lors(ju'il n'y a plus moyen de les cacher.

MADAME DALAIN. Jf VOUS prie en grâce, docteur, expliquezvous clairement.

LE DOCTEUR. Ou je n'enteuds rien à mon métier, ou vous pouvez annoncer dès à présent à votre mère et à voire mari la nouvelle qu'ils désirent le plus.

MADAME DALAIN. Ti' m'en garderai bien.

SCÈNK vin. 43ô

LE DOCTEiR. C'est d'une prudence extrême; vous craignez encore que je ne me trompe, et vous ne voulez pas leur donner une fausse joie.

M.y)AME DALAix. Vraie ou fausse, je n'en ai pas à leur donner.

LE DOCTEUR. Je repasserai^sous quelques jours; et quand nous aurons une certitude encore plus positive, vous en ferez ensuite l'usage que vous \oudrez.

(Il va pour sortir.l

MADAME DALAIN (le retenant). Monsieur le docteur !

LE DOCTE LR. Quoi?

MADAME DALAIN. Vous DO verrez pas monsieur Dalain?

LE DOCTELR. Pardonnez-moi. Il m'a fait promettre de lui aller dire un petit bonjour.

MADAME DALAIN. J'en suls désolée. Ne lui parlez de moi sous aucun prétexte, entendez-vous? Comme tous les gens qui n'ont pas d'esprit, monsieur Dalain est assez goguenard; si vous l'armiez une fois d'une mauvaise plaisanterie, il ne l'userait pas; dans dix ans elle lui servirait encore. Donnez-moi votre parole d'honneur que vous ne lui direz rien qui ait rapport à moi.

LE D0CTEt:R. Je ne dis jamais rien qu'on ne m'en ait donné la permi>sion.

MADAME DALAIN. Je ne VOUS la donne pas; rappelez-vous bien que je ne vous donne pas celte permission.

LE DOCTEUR. Non, nou, vous ne me la donnez pas; c'esi convenu.

MADAME DALAIN (le suivani jusqu'à la porte). C'est on ne peut pas plus sérieux.

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