SCÈNE VIII
MADAME DALAIN, seule; ensuite PÉLAGIE.
MADAME DALAIN (excessivement agitée, se laisse tomber sur un siège). Ce maudit docteur me trouble à un point 1... il |)arle avec une assurance!... on ne sait que dire. (Elle se lé\f
et va consulter une glace.) Qu'est-ce donc qu'il trouve à mes yeux?... Il est sûr qu'ils ne sont pas comme à l'ordinaire... ni mon teint non plus. (Elle vient se rasseoir.) Quand il n'y aurait que les propos qu'il m'a tenus, ne serait-ce pas assez pour être tout sens dessus dessous? (Elle se tâle le pouls.) On ne peut pas se tâter le pouls soi-même; d'ailleurs je n'y connais rien. (Elle se lève lentement et va à la croisée.) Et ma mère qui lit bien tranquillemenl pendant ce temps-là! (Elle sonne.) Que faut-il faire? Je ne puis consulter personne. Pourvu que ce docteur n'aille pas parler! (Elle sonne encore.) Oh ! non, non, il me l'a bien promis. Ce serait abominable.
PÉLAGIE. Madame a sonné?
MADAME DALAiN. Il v a déjà uHB heure, mademoiselle; où étiez-vous donc ?
PÉLAGIE. J'étais chez monsieur.
MADAME DALAix. Pourquoi faire? à quel propos? que pouvait-il avoir à \ous demander? Répondez donc. Ee docteur était-il avec lui ?
PÉLAGIE. Il y est venu un moment après.
MADAME DALAiN. De quoi out-ils parlé ?
PÉLAGIE. De rien, madame.
MADAME DALAIN. Tls u'out donc pas parlé?
PÉLAGIE. Pardonnez-moi, madame.
MADAME DALAIN. Ilsont parlé sans rien dire?
PÉLAGIE. Monsieur a demandé à monsieur le docteur des nouvelles de madame ?
MADAME DALAIN. Eh bien?
PÉLAGIE Monsieur le docteur a répondu que madame était comme il faut; monsieur a dit : Tant mieux! et puis ils ont baissé la voix; mais monsieur avait l'air bien content.
MADAME DALAIN. Il avait l'air content?
PÉLAGIE. Il se frottait les mains; je ne l'ai jamais vu si gai.
MADAME DALAi.N. Vous u'ou avez pas deviué la cause?
PÉLAGIE. Non, madame.
MADAME DALAIN. Vous mentcz, mademoiselle.
PÉLAGIE. Mais je vous assure que non, madame.