‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 360 sur 382 · SCÈNE I. Aiô · texte numérisé non relu

SCÈNE I. Aiô

MADAME L'uiiAi.N. Il iic l'aut [jlus re\eiiir là-dessus, luoiisieur Frippel.

M. FRiPPET. Rentrer chez soi el trouver sa femme à ne

pas pouvoir en douter.

MADAME URBAIN. Allons, allons.

M. FRIPPET. Et avec qui? Si vous l'aviez vu !

MADAME URBAIN. Je n'en ai jamais été bien persuadée, â vous parler franchement.

M. FRIPPET. Vous n'en avez jamais été bien persuadée! Mais moi qui l'ai vu ! Quand je vous dis que je l'ai vu comme je vous vois.

MADAME URBAIN. Vous avez cru voir. D'abord votre mère ne pouvait pas souffrir \otre femme.

M. FRIPPET. Ma mère n'était pour rien là-dedans.

MADAME URBAIN. On écoulc des rapports, on se laisse monter la tête, et puis l'on finit par croire qu'on a vu les choses.

M. FRIPPET. Cela est trop fort, .le vous répète que je suis arrivé jusqu'à la porte. La Providence avait voulu ([u'elle ne fût pas fermée

MADAME URBAIN La Provideuce a fait là un beau clief-

il'oeuvre.

M. FRIPPET. Que diable ! j'ai des yeux ! Et d'ailleurs d'où viendrait ce tremblement de bouche que ma femme a depuis ce teraps-là?

MADAME URBAIN. Eh bien! voyons ; je suppose que tout cela soit comme vous le dites: à quoi bon le répéter à tout bout de champ, puisque vous vous êtes remis avec elle?

M. FRIPPET. Ah! si je m'y suis remis, ce n'est pns pai' amitié, je vous assure. Sans la rente que j'étais obligé de lui faire...

MADAME URBAIN. Ne VOUS repentez pas; vous vous êtes conduit en galant homme. Il faut bien se passer quelques petittorts dans la vie.

M. FRIPPET. Vous appelez cela de petits torts y

MADAME URBAIN. Depuis que vous l'avez repri<;e, vous n'avez pas PU à vous en plaindre; elle est bien tranquille.

i46 LE KENDEZ-VOUS MANQUÉ.

M. FRiPPET. Avec une mâchoire qui va conima une uiariounette de plaire, que voulez-vous qu'elle fasse? Lesgalanls sont plus difficiles que cela.

MADAME URB.\i.\. Je n'ai pas de conseils à vous donner: mais puisque nous sommes là-dessus, vous élant remis ensemble, à votre place, je n'en soufflerais plus le mot.

M. FRIPPET. Il n'y a donc que moi qui n'en parlerais pas? C'a été le bruit de tout le quartier.

MADAME URBAIN. Les quartiers oublient si vite !

.M. FRIPPET. C'est toujours un bien grand casse-cou dans la vie d'un homme, je vous en réponds. Si elle avait eu le moindre reproche à me faire ; si j'avais été de ces libertins comme il y en a... Un lampiste a tant de prétextes pour être à droite ou à gauche 1 En vérité, je m'en serais fait un cas de conscience. Je l'aimais.

MADAME URBAIN'. Ça reviendra, monsieur Frippet; ça reviendra. Laissez faire le temps. Votre petite fille vous ressemble comme deux gouttes d'eau, déjà.

M. FRIPPET. Elle est venue dans la première année de notre mariage, ce serait bien le diable...

MADAME URBAIN. C'est l'essenliel. Voilà pourquoi je ne parlerais plus du passé. On ne se fait pas idée comme les enfants comprennent de bonne heure. Vous ne voudriez pas que votre petite ne fût pas comme elle doit être pour sa mère?

M. FRIPPET, Vraiment, ma voisine, vous êtes une femme à croquer! Que nous aurions été heureux ensemble!

MADAME URBAIN. Jc ne suis pas malheureuse comme je suis.

M. FRIPPET. Je ne dis pas, mais du moins auriez-vous été bien sûre que je ne me serais jamais fait attendre.

MADAME URBAIN (en riant). Vous auriez peut-être eu tort.

M. FRIPPET. Je n'ai envié qu'un seul homme dans ma vie, c'est votre mari. Il ne serait pas pardonnable s'il vous donnait du chagrin.

MADAME URBAIN. Urbain me donner du chagrin! 11 en mourrait.

M. FRIPPET. Vous comprenez! .Te ne parle pas de grands chagrins; mais il est bien éveillé.

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