SCÈNE
MADAME LRBAiM. C'est uii s;)l|iètre.
M. FRIPPET. Le salpêtre s'enflamme facilement.
MADAME URBAIN. Il a beau être vif, mon mari est doux comme un mouton.
M. FRIPPET. Ainsi vous ne seriez pas jalouse'!*
MADAME URBAIN. Pardi! oui. Si j'allais me mettre martel en tête, avec tout ce que j'ai à faire dans la maison, il ne manquerait plus que cela, .le deviendrais triste, maussade, tourmentante, sans aboutir à rien qu'à mettre mon ménagea l'envers. Non, non, Urbain n'a pas d'aventures; mais il en aurait, je mettrais ma main au feu qu'il me préférera toujours à toutes les autres femmes. Que peut-on vouloir de plus?
M. FRIPPET. 11 vous a joliment eusorcelée ; je lui en fais moii compliment.
MADAME URBAIN. Vous pouvez lui en faire votre compliment ; car il faut avoir du bon pour être sorcier comme lui, croyezmoi.
M. FRIPPET. Si j'avais été votre mari, par exemple?
MADAME URBAIN. Est-ce que je peux penser qu'un autre homme aurait pu être mon mari ?
M. FRIPPET. Cependant...
MADAME URBAIN. Jamais cette idée-là ne m'était venue.
M. FRIPPET. Avec tout ça , il ne revient pas.
MADAME URBAIN. Il ne reviendra peut-être que dans une lieure. Qui sait s'il n'a pas rencontré quelqu'un qui lui aura donné un billet de spectacle? ça lui arrive quelquefois. Pourvu qu'il s'amuse, je suis contente.
M. FRIPPET. Il ne craint donc pas que vous ne vous amusiez guère pendant ce temps-là?
iMadame urbain. Je ne m'ennuie jamais. Il me racontera les pièces qu'il aura vues; ça nous fera de la conversation.
M. FRIPPET (soupirant). Je soupire malgré moi.
MADAME URBAIN. A CaUSe?
M. FRIPPET. Ah 1 mon Dieu, est-il possible!
MADAME URBAIN. Qu'cst-ce que vous avez donc?
M. FRIPPET. J'admire votre confiance.
MADAME URBAIN. Je VOUS demande la permission d'aller voir
448 LE REM)E/.-\"OrS MANi.'lÉ.
un peu à notre souper. Il pourrait bien brûler pemlynl i|uo jo m'amuse à faire la belle parleuse.
(Elle sort ea chaulant.)