SCENE IV
MÊiiE MÉDAKD. Je n'eiilie pas là-dedans. MAITRESSE GiRAUD. Noii , iion , mère Médard, un liominc qu'on a eu huit mois cliez soi, on a beau le renvoyer, ou aime encore à savoir qu'il sera bien là où il ira. Pardine ! je crois de reste que la maîtresse Cloquet serait terriblement Hère d'avoir un valet de ferme de celle tournurc-là; j'en suis fâchée pour elle, il faudra qu'elle s'en passe. C'est un homme entendu, un fin laboureur, bien meilleur fermier que ne l'a jamais été mon défunt; je ne suis pas assez sotte pour le laisser aller autre part.
MÈRE MÉDARD. C'est ce que je vous disais. MAITRESSE GiRAiD. D'ailleurs, nous nous sommes expliqués : il convient qu'il a élé jeune; mais c'est fini, bien fini; j'en répondrais à présent comme de moi-même; on ne se trompe pas là-dessus.
MÈRE MÉDARD. Jamais.
MAITRESSE GIRAUD. Qu'est-co qu'il mc faut? quelqu'un qui fasse aller ma ferme. J'ai ce quelqu'un-là, et je m'en déferais! Il a été un peu dépensier; c'est-il une raison? Ah! mon Dieu, François chez la maîtresse Cloquet! Ça ne tombe pas sous le sens.
MÈRE MÉDARD. De softc qu'il vous a demandé pardon? MAITRESSE GIRAUD. Il me l'a demandé sans me le demander; mais c'était encore mieux. Je suis fâchée que vous ne l'ayez pas entendu. Un homme qui a été militaire, ça ne peut pas s'y prendre comme un paysan, vous comprenez bien. MÈRE MÉDARD. Ça fait une grande différence. MAITRESSE GIRAUD. Ce qu'îl y a de certain , c'est que la maîtresse Cloquet peut aller chercher ailleurs, (^elle vieille folle !
MÈRE MÉDARD. On n'est pas folle pour avoir besoin d'un garçon de ferme.
MAITRESSE GIRAUD. Vous ètcs trop bonue, vous, mère Médard; vous ne voyez pas qu'elle aurait élé enchantée de me jouer ce tour-là. Mais elle se trompait encore ; François n'aurait pas été chez elle. On n'a pas François parce qu'on le veut; François n'est pas embarrassé de lui; François sait bien qu'il peut choisir. S'il avait tant de chagrin de quitter
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d'ici, ce n'était pas de peur de ne pas savoir ce qu'il deviendrait; mais il y a des endroits où on se trouve bien.
MÈRE MÉDARD (avec gaîté). Des fermières qui plaisent plus que d'autres.
MAITRESSE GiRAUD. C'est tout simple.
MÈRE MÉDARD. Mais saus doute. Adieu , voisine. J'aime mieux vous voir comme ça que comme vous étiez tantôt.
(Elle sort.)
MAITRESSE GIRAUD (seulo). Demaudez-moi un peu! Celte maîtresse Clo^uet! Est-ce traître ! A présent que je sais ça, François mettrait le feu à la ferme que je ne le laisserais pas s'en aller; je déteste trop les fermières qui cherchent à enlever les garçons des autres. J'ai eu tort aussi de me plaindre de lui ; je ne devais en parler à personne ; voilà ce qui les encourage toutes à vouloir me l'ôter. C'est une leçon. (A François qui entre.) Arrive donc, François; arrive donc !