‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 378 sur 382 · IV · texte numérisé non relu

IV

a demeuré si longtemps, et où étaient situés les biens qu'on lui a retrouvés si à propos.

— Monsieur Dupuis, monsieur Dupuis, finissons cette conversation, je vous en prie en grâce; c'est trop fort. Je ne vous accuse pas, vous; mais je puis vous dire que vous êtes sous une influence dont vous ne soupçonnez pas la perfidie. 11 n'y a rien de sacré pour ces gens-là ; M"^ de Palézane ne les avait que trop bien devinés. Qu'a-t-elle donc fait à ce prêtre? que lui veut-il?

L'exaltation de M. Désormeaux était si vive, que M. Dupuis crut nécessaire de le calmer par le ton le plus affectueux.

— En vérité, je ne vous reconnais pas, monsieur Désormeaux. Que signifie un prêtre dans tout ceci? Défaites-vous donc de l'habitude où vous êtes de croire qu'on ne parle jamais que d'après quelqu'un. Sans avoir écouté de prêtres, tout homme raisonnable fera la réflexion que je viens de faire.

— Cela se trame depuis longtemps, soyez-en sûr. Le fait est qu'il y a ici des gens qui s'imaginent que je leur appartiens; que je ne dois pas faire la moindre démarche sans leur permission ; que je me suis émancipé en montrante une nouvelle venue plus d'égards qu'ils n'auraient voulu peutêtre. On n'ose pas s'en prendre ouvertement à moi; maison se venge par des voies détournées sur M"'= de Palézane, on sème de mauvais bruits ; on élève des doutes sur les choses les plus innocentes ; on tracasse , on calomnie. Au surplus, je ne suis pas le seul qui me sois aperçu de cette manœuvre.

— Je vais plus loin , dit M. Dupuis en riant ; soyez sûr que vous ne vous en seriez jamais aperçu si quelqu'un n'avait eu intérêt à vous en faire apercevoir.

J'en remercie ce quelqu'un-là; c'est un service, un trèsgrand service qu'on m'a' rendu. Que diable ! il me semble que je ne suis plus d'âge à être mené comme un enfant.

— Quand on a du caractère, il n'y a jamais d'âge pour cela.

— Vous voilà donc onlln de mon parti ?

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— SI VOUS voulez. Mais j'aimerais à voir Marie rester quelque temps encore dans son couvent.

— Prenez donc garde que j'aurais l'air de leur céder. Et puis, mettez-vous à ma place, que pourrais-je dire à M"^ de Palézane?ce n'est pas une personne qu'on puisse traiter légèrement. Je suis fâché que vous ne l'ayez vue que malade; non pas qu'elle ne fût encore très-bien : mais si elle eût été comme elle est quand elle ne souffre pas , vous conviendriez qu'il n'y pas deux femmes comme elle. Savez-vous d'oîi vient ce déchaînement? c'est qu'au lieu de s*e confesser au curé, elle préfère prendre ma voiture, et aller à Angers pour cela : elle arrange ses petites emplettes pour le même temps; cela fait d'une pierre deux coups : et du moins, de cette façon, votre bon ami le curé en est réduit aux conjectures. D'ailleurs, monsieur Dupuis, quoique votre bon ami le curé soit très-respectable, il n'en a pas moins fait son serment : c'est un prêtre constitutionnel. 11 y a beaucoup de personnes qui prennent garde à cela.

Et là-dessus il sortit en relevant fièrement la tête en héros de tragédie. M. Dupuis retourna à Tours.

Comme tous les gens d'un caractère faible qui se sont armés malgré eux pour combattre, M. Désormeaux se trouva épuisé par la lutte qu'il venait de soutenir contre son beaufrère. Il s'étonnait surtout de s'être laissé entraîner jusqu'à déclarer la résolution où il était de prendre une seconde femme, résolution qu'il n'avait jamais osé s'avouer à lui-même, et qui, vraisemblablement , ne serait venue de longtemps à terme, si M. Dupuis ne l'avait pas mis dans la nécessité de se prononcer. Selon lui, un homme loyal comme son beau-frère n'aurait pas dû pousser les choses jusque-là, ou du moins devait-il lui donner le temps de revenir sur la déclaration qu'il lui avait faite. Par bonheur cette déclaration n'avait pas eu de témoins, il pouvait conserver l'espoir qu'elle ne serait pas divulguée. Et pour ne pas courir le risque d'une nouvelle indiscrétion, il évitait, autant que possible, de se trouver seul avec M"* de Palézane.

Le curé et les autres voisins avaient cessé de le voir; il n'y avait plii^ quf celte bonne M'"" Berger qui ne pût pas prendre

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sur elle de le délaisser tout à fait. Elle le plaignait intérieurement d'êlre tombé sous une maligne influence; c'était une épreuve par laquelle Dieu avait trouvé à propos de le faire passer; il devait en sortir victorieux, et revenir à ses amis avec plus d'abandon que jamais. M. Désormeaux devinait ce qu'il y avait de touchant dans cette confiance , et pour peu que M'"^ Berger l'eût mis sur la voie, il lui aurait fait probablement bon marché de l'engagement qu'il avait contracté devant son beau-frère.

Voilà donc un pauvre homme, au milieu de ses domaines, réduit à la triste existence d'un prisonnier d'Etat, ne pouvant communiquer que de loin à loin avec M""* Berger, et le reste du temps gardé à vue par M^'^ de Palézane, qui avait juré de ne lui laisser ni paix ni trêve qu'elle ne fût instruite de ce qui s'était passé entre lui et M. Dupuis. C'était de cette fatale conversation que datait le refroidissement qu'elle avait cru remarquer dans M. Désormeaux : on juge quel intérêt elle devait mettre à le faire parler. Après s'y être essayée de toutes les façons, voyant qu'elle n'aboutissait à rien, elle imagina d'employer Marie pour savoir de Louison si son maître ne lui aurait pas fait quelques confidences. Soit ignorance, soit discrétion, Louison restant muette, Marie fut chargée de s'adresser directement à son père. Cette fois, M. Désormeaux, sombre et silencieux depuis si longtemps, donna enfin carrière à sa mauvaise humeur; et Marie, pour toute réponse, ne reçut qu'une leçon pleine d'amertume. Cette nouveauté fut pénible à la jeune fille; il ne lui en fallut pas davantage pour prendre M"® de Palézane en déplaisance, et afin de se venger de la fausse démarche dans laquelle elle l'avait engagée , elle s'amusa à composer un récit tellement perfide, qu'il ne laissa à la petite maman d'autre ressource que de tomber malade.

— C'est comme un fait exprès, s'écria ingénument M. Désormeaux à la première nouvelle de cet événement. Jamais rien n'est arrivé aussi mal à propos.

Les visites qu'il allait être obligé de faire lui paraissaient fort embarrassantes. « Dans la disposition où je suis, pensait-il, je dois craindre de lui témoigner un intérêt trop vif. D'un autre côté, je me connais ; si elle m'accable de ses souffrances, je

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suis homme à m'engager plus que je ne voudrais. » 11 passa ainsi tout un jour à peser le pour et le contre, et quoique les nouvelles devinssent de plus en plus alarmantes, il réfléchissait toujours, c'est-à-dire qu'il hésitait encore; car pour M. Désormeaux, réfléchir, c'était hésiter. Mais un nouveau bruit courait que le médecin de l'endroit ne suffisant plus, M"* de Palézane venait d'envoyer un exprès à Angers pour en faire venir un plus habile.

Four le coup, Louison n'y tint pas; toute paysanne qu'elle était, par le seul instinct de son antipathie, elle ne s'était jamais trompée sur le compte de M"" Olympe. Tant qu'elle avait vu les choses n'aller que jusqu'à donner un peu plus de mouvement à son maître, elle s'était contentée de prendre son mal en patience; ce dernier jeu lui parut trop fort, et au risque de déplaire à M. Désormeaux, elle crut de son devoir de chercher à le désabuser.

— De bonne foi, monsieur, lui dit-elle, pouvez-vous donner dans ces simagrées-là? Vraiment ça me fait de la peine pour vous. Est-ce qu'une maladie n'a pas toujours un commencement? Où celle-ci a-t-elle commencé? Pas plus lard qu'avant-hier au soir, cette belle demoiselle piaillait encore à son piano qu'on l'entendait quasi d'ici, et le lendemain matin la v'ià qui se meurt. Ça lombe-t-il sous le sens, là, je vous demande un peu? Sainte Vierge! Si j'avais voulu vous tourmenter aussi, dans le temps! mais j'avais mon ouvrage qui était plus pressé. 11 faut n'avoir rien à faire pour qu'il vous vienne des idées comme ça dans la tête, et surtout il ne faut pas aimer les gens.

A cette déclaration naïve, M. Désormeaux ne put s'empêcher de sourire ; ce qui mit Louison encore plus à son aise.

— Qu'est-ce qui vous embarrasse donc tant, continua-telle, de savoir si vous irez là, ou si vous resterez ici? Je vais vous donner un bon moyen ; faites-vous malade comme elle, ce n'est pas dangereux, je vous en réponds. Vous enverrez savoir de ses nouvelles, elle enverra savoir des vôtres, vous serez quittes.

— Me faire malade 1 objecta faiblement M. Désormeaux,

qui ne trouvait pas le conseil aussi mauvais qu'il voulait le faire croire, est-ce que cela convient à un homme?

— Ce n'est pas l'embarras, je crois ben que vous n'y seriez guère habile. Mais mieux que ça, allez la voir comme si de rien n'était ; vous avez de l'esprit ; dans la conversation donnez-lui à entendre que vous n'aimez que les femmes qui ont une bonne santé. Essayez. Je parie que vous la guérirez à vue d'oeil. Elle n'a fait cette frime de maladie que pour voir ce qu'il en serait, rendez-lui frirae pour frime, c'est permis ; on ne va pas en enfer pour ça.

— Oui, mais tu peux te tromper ; si ce n'est pas une frime ?

— Ah 1 ben, dame, il est certain que si elle en meurt j'aurai eu tort. Mais, allez, allez, elle n'en mourra pas, c'est moi qui vous le dis.

Il faut croire qu'il y avait du bon dans ce discours, car M. Désormeaux prit tout à coup une autre physionomie. Il était clair qu'une révolution se préparait, et qu'il allait affronter cette redoutable visite.

Une décision, quelle qu'elle fût, était pour lui une chose si inusitée, qu'il en devint tout fier, et à mesure qu'il marchait, cette fierté, sans qu'il s'en doutât, avait presque tourné à l'arrogance. « Qu'est-ce que c'est que celle demoiselle de Palézane se demandait-il à lui-même? Une étrangère à laquelle j'ai loué une maison. Si j'avais huit ou dix locataires comme elle, et qu'il leur prît à toutes la fantaisie d'être malades en même temps, je serais donc condamné à ne faire que courir de l'une à l'autre? En bonne santé M"^ de Palézane m'a déjà donné assez de tourments. iN'est-ce pas elle qui m'a éloigné de toutes mes connaissances, et récemment d'un beau-frère dont je n'avais pas à me plaindre? »

C'est ainsi qu'il entretenait son courage, dans la crainte de le laisser refroidir; ce qui aurait bien pu arriver sans un miracle que le ciel accorda sans doute aux ferventes prières de M"^ Berger.

Au moment d'entrer dans la maison, il crut reconnaître la voix de M"^ Olympe qui grondait sa femme de chambre. Les paroles ne venaient pas jusqu'à lui, mais la voix était des plus vigoureuses et ne ressemblait nullement à celle d'une per-

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sonne qui va mourir ; en un mot, c'était une voix très-rassurante. Il attendit quelque temps avant de frapper, dans la crainte de ne pas être entendu au milieu de ce tapage, et lorsque Rose vint lui ouvrir, il s'aperçut que ses yeux étaient remplis de larmes.

Pour la première fois depuis qu'il était au monde, le bonhomme voulut essayer s'il ne pourrait pas jouer la comédie. Le conseil de Louison, de rendre frime pour frime, avait germé en route.

— Vous êtes donc bien souffrante, ma chère demoiselle ? lui dit-il du ton le plus touchant; votre servante m'a paru tout affligée.

— Ah 1 monsieur, bien souffrante et bien malheureuse ; personne ne s'intéresse plus à moi.

M. Désormeaux qui venait d'entendre la voix de tout à l'heure, trouva par trop ridicule l'air d'épuisement qu'elle affecta après avoir prononcé ce peu de paroles ; il baissait les yeux et se repentait dans le fond de son âme d'avoir provoqué cette pantomime. S'il avait su comment s'y prendre, il n'y a pas de doute qu'il ne l'eût avertie de ne pas continuer.

— Mon malheur, reprit-elle, un malheur qui semble devoir me poursuivre toute la vie, c'est de n'avoir jamais été appréciée. Mon organisation est trop subtile; elle doit échapper aux intelligences vulgaires.

— La plupart des intelligences sont vulgaires.

— Par pitié, monsieur Désormeaux, laissez-moi espérer qu'il finira par s'en rencontrer une qui me comprendra. Il serait par trop cruel de penser qu'une femme douce, sensible, aimante, qui n'a jamais cherché qu'à répandre le bonheur autour d'elle, sera éternellement condamnée à ne trouver que (les ingrats. Et si ce n'étaient que des ingrats ! mais des gens acharnés à lui nuire, à lui enlever jusqu'à sa dernière consolation ! Enfin, vous-même, monsieur Désormeaux, vous qui avez tant de rapports avec moi, ne sont-ils pas parvenus à vous isoler!

— On n'est jamais isolé quand on a des enfants.

— Des enfants ne sont pas une société.

— Mais si.

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— Mais non. Ils vous échapperont par des mariages, par des établissements quelconques, et vous vieillirez dans la solitude.

— Je vous répète qu'il n'y a pas de solitude, au moins par la pensée, quand on a des enfants.

Ces éternels enfants, dont évidemment M. Désorraeaux voulait se faire un rempart, ne lui laissèrent pas douter que son esclave ne lui eût échappé. Combien alors elle dut trouver gênante cette maladie qu'elle avait inventée comme un chefd'œuvre, et qui la privait d'une scène de dignité dont elle sentait si vivement le besoin ! Mais le moyen de faire de la dignité dans un lit ! Pour en finir, M Désormeaux lui annonça qu'il était forcé d'aller à Tours, appelé par son beaufrère, qui réclamait ses conseils.

— Sans doute dans l'intérêt de vos enfants ? car votre beaufrère et vos enfants, vos enfants et votre beau-frère semblent être aujourd'hui les seules personnes que vous ayez jamais connues.

M. Désormeaux se leva sans paraître avoir compris ce qu'il y avait de trop direct dans le reproche qu'elle venait de lui faire, et protitant de la verve où il était ce jour-là, il la pria de la meilleure grâce possible de vouloir bien user, pendant qu'il serait absent, et de sa maison, et de ses gens, et de sa voiture, et de tout ce qui pourrait lui être agréable ou nécessaire. Puis il se retira après une légère inclination de tête qu'il reçut pour tout remercîment.

Débarrassé de ce terrible adversaire, restait une autre difficulté; c'était de décider Marie à retourner dans son couvent, au moins pour le temps que son père serait en voyage. Les hautes considérations qui avaient porté M. Désormeaux à agir envers M"*^ de Palézane comme il venait de le faire, ne lui semblaient pas de nature à pouvoir être confiées à une jeune personne. Alors quelles raisons employer pour déterminer sa fille à se séparer d'un mentor, d'un guide, d'une amie, d'une petite maman dont il lui avait fait si souvent un éloge emphatique? Marie fut d'une soumission parfaite. Elle connaissait tellement la petite maman, elle en était si lasse, que la proposition de son père lui parut une délivrance. M. Désormeaux se mit en route, émerveillé de voir comme

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lout lui devenait facile à mesure qu'il prenait du caractère. Un amant qui va rejoindre sa maîtresse n'a pas plus d'impatience qu'il n'en éprouvait en se rendant auprès de M. Dupuis; il jouissait d'avance de sa surprise en apprenant l'éclatante victoire qu'il allait lui annoncer, et cherchait même à se prémunir contre les éloges dont il ne manquerait pas d'être accablé pour la fermeté qu'il avait déployée dans celle circonstance. M. Dupuis, qui n'était pas dans le secret des nouvelles prétentions de son beau-frère, au lieu de paraître étonné, trouva sa conduite toute naturelle et n'en fit honneur qu'au bon sens de M. Désormeaux.

— Mon bon sens ! s'écria ce dernier ; c'est, parbleu ! une grande force de résolution qu'il m'a fallu, une volonté bien déterminée.

— Vous n'aviez rien promis à cette demoiselle?

— Positivement promis, non; mais il est certain que j'avais reçu des confidences qu'un homme moins ferme que moi aurait pu prendre pour des engagements.

— Des confidences ne sont pas toujours des vérités, et quand elles seraient des vérités, elles n'engageraient encore qu'à la plus sévère discrétion. Mais, soyons francs, vous a-telle avoué ce dont j'ai acquis la certitude depuis notre dernière entrevue, qu'elle n'était pas la parente de l'homme dont elle a tenu si longtemps la maison ?

— Vous en avez acquis la certitude! Là, voyez un peu !

— Vous a-t-elle dit tout le mal qu'elle s'était donné pour éloigner la famille de cet homme, dans l'espoir de s'en faire épouser? mariage qu'elle a manqué par l'excès des moyens qu'elle avait employés pour le faire réussir.

— C'est donc comme avec moi ? 11 paraît que cet homme avait aussi de la tête. Je ne serais pas étonné qu'elle s'imaginât encore qu'un de ces jours je reviendrai à elle, j'aimerais nueux ne jamais remettre les pieds chez moi.

— Vous ne demeurez pas ensemble.

— C'est égal. Tant qu'elle restera dans le pays...

— Voulez-vous qu'elle le quille? vous en avez un moyen bien simple ; voyez souvent le curé, sa sœur el tous ceux dont '•Ile vous a éloigné.

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— Et son bail?

— Vous le casserez loyalement ; je prendrai la maison à mon compte, cela nous rapprochera quelques mois tous le5 ans.

— Mais les meubles qu'elle a fait venir?

— Si cela lui convient, je les achèterai au prix qu'elle voudra y mettre.

— Vous ne trouvez de difficultés à rien.

— A rien de ce qui est juste et qui peut s'arranger avec- de l'argent.

M. Désormeaux n'avait pas grand'chose à objecter; il était convaincu et content, cependant il ne pressait pas son retour. Il serait difficile de dire comment les délais qu'il prenait se trouvaient d'accord avec le courage dont il continuait à faire parade; ce qu'il y a de certain, c'est que M"' de Palézane en profitait pour se faire conduire fort souvent à la ville dans la voiture qu'il avait mise à ses ordres. Chaque fois, l'infatigable Louison s'y rendait de son côté dans l'intention d'épier ses démarches, persuadée que cet excès de zèle faisait partiodu dévouement qu'elle devait à M. Désormeaux. Elle ne perdit pas ses peines. A l'arrivée de son maître, elle était en mesure de lui donner la preuve que M"^ Olympe n'était pas sans connaissances à Angers ; et comme elle avait toujours dit le contraire, Louison affirmait que ce n'était pas sans dessein et par hasard que la prévoyante étrangère avait choisi une retraite où pourraient s'exercer ses moyens de séduction. Louison savait encore que cette demoiselle s'était occupée de voir des logements.

En effet, peu de temps après le retour de M. Désormeaux, il fut décidé que l'air de la campagne, loin de faire à M"' de Palézane le bien qu'elle en avait espéré, était tout à fait contraire à sa constitution. Les médecins, d'après les détails qu'elle leur donna, furent tous d'avis que jamais personne n'avait eu une complication de maux pareils à ceux dont elle -e plaignait, d'où ils conclurent qu'elle seule pouvait en connaître le remède.

Elle vint donc s'établira .\ngers au grand regret de M. Déjornio'iiix, qui se confina plus que jamais dans sa terre pour

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éviter de prolonger à la ville le scandale qu'avait fait naître une liaison pourtant bien innocente.

Dans les premiers jours delà restauration, M"^ de Palézane reprit la roule de Paris avec le titre de comtesse, les opinions et les vertus qu"'on exigeait alors, et tira bon parti des malheurs qu'elle avait éprouvés pendant l'émigration. Avec tous ces avantages, comme elle n'avait jamais compris que le mariage fût la chose du monde la plus banale, elle ne put amener à bien aucune des alliances qu'elle essaya de contracter, moins par la hauteur de ses prétentions que par les combinaisons qu'elle employait pour les réaliser. Elle se fitclianoinesse.

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