SCÈNE II
MADAME CARRÉ , VICTORINE , madame DUBREUIL.
MADAME CARRÉ. Dis-moi donc, ma fille, qu'est-ce que c'est que ce nouveau mariage que tu veux faire faire à Victorine?
MADAME DUBRECiL. Comment ! elle n'a pas pu attendre que je vous en parlasse moi-môme?
MADAME CARRÉ. Ce u'cst pas par elle que je le sais. Et puis, écoute donc, madame Dubreuil, quand ce serait par elle que je le saurais, ce ne serait pas un crime. Il faut toujours bien que je le sache.
4 LA nO.NNE MAMAN.
MADAME DUBREUiL. Oui, maman ; mais si elle a commencé par vous donner des préventions?...
MADAME CARRE. Quelles préventions veux-tu qu'elle m'ait données? Je trouve seulement singulier, puisque vous aviez trouvé un petit jeune homme qui était charmant, que vous ne vous en soyez pas tenues là. Après cela je puis me tromper.
MADAME DUBREiiL. La personne que vous verrez ce soir est dans une position beaucoup plus avantageuse que monsieur Edouard de Latour. C'est un officier bien né qui va être nommé chef d'escadron au premier jour.
MADAME CARRÉ. A-t-il de la fortune?
MADAME DUBRELiL. Maman, ce n'est pas la première question à faire pour une alliance comme celle-là.
MAD.iME CARRÉ. Dans toutes les alliances, quand il y a de l'argent d'un coté, il n'est pas mal qu'il y en ait de l'autre, à moins qu'une inclination mutuelle...
MADAME DUBRELIL. Si VOUS ne regardez pas comme une valeur, un titre, l'état que Victorine tiendra dans le monde, la facilité d'obtenir des grâces....
MADAME CARRÉ. Tout ccla cst bel et bon. Aussitôt que Victorine m'a dit que c'était un comte, je me suis doutée que c'était à notre fortune qu'on en voulait. D'où le connaissezvous?
MADAME DUBRECIL. Il est déjà venu ici plusieurs fois.
MADAME CARRÉ. Il faut prendre un parti. Te plaît-il à toi, Victorine? (Victorine baisse les yeux.) Elle ne dit rien ; tu vois bien qu'il ne lui plaît pas. (A Victorine.) Tu aimes mieux M. Edouard? Victorine baisse encore les yeux.) Elle ne répond pas, c'est clair comme le jour. (A madame Dubreuil.) Ainsi, tu forcerais son choix; et pourquoi? Je te le demande.
MADAME DLBREUiL. Mais, maman, je ne veux rien forcer du tout. Les choses n'ont été amenées au point où elles sont (ju'après que nous en avons eu causé ensemble, nous deux Victorine; et vous me voyez tout étonnée du rôle de victime qu'elle cherche à jouer ce soir.
VICTORINE. La vérité est que je ne croyais pas que cela