‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 5 sur 382 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

irait si vite. Il n'a d'abord été question que du désir que ce monsieur avait de venir ici ; ensuite vous m'avez dit qu'il serait possible qu'il pensât à moi, mais sans m'en demander davantage.

MADAME DUBREUiL. Je ne m'amuserai pas, vous croyez bien, Victorine, à plaider contre vous devant maman ; mais il est certain que vous avez souri à l'idée de devenir comtesse de Bretignac.

MADAME CARRÉ. Juste ciel ! je parierais que c'est encore un Gascon. Ils envahiront tout, jusqu'à ma petite-fille.

MADAME DUBREUIL. Sougez, maman, que monsieur de Bretignac dont je vous parle tient réellement à une vraie famille de Gascogne.

MADAME CARRÉ. Est-ce qu'il y a quelque chose de vrai dans ce pays-là, madame Dubreuil? Ah! si ton pauvre père vivait encore, et qu'on lui parlât d'avoir une petit-gendre gascon ! Ce n'est pas qu'il ne trouvât les Gascons fort amusants; mais il n'avait pas la moindre confiance en eux. Malheureusement je tiens de lui pour cela.

MADAME DUBREUIL. C'est bon pour plaisanter..

MADAME CARRÉ. Doune-toi au moins le temps de réfléchir.

MADAME DUBREUIL. Vous aiuiez beaucoup qu'on réfléchisse.

MADAME CARRÉ. Tu as peut-être le défaut contraire. Ah çà ! nous pourrons parler de ce monsieur gnac devant monsieur du Rosnay?

MADAME DUBREUIL. MousieuT du Rosnay est comme de la famille. Donnez-nous donc de ses nouvelles. Comment se porte-t-il ?

MADAME CARRÉ (avec intérêt). Pas bien, cela m'inquiète. Il est pourtant allé dîner aujourd'hui chez un de ses vieux compagnons d'armes, et je viens de lui envoyer ma voiture pour l'amener ici. Il aurait besoin de plus de distraction qu'il n'en prend.

MADAME DUBREUIL. Il y a longtemps que je suis de cet avis-là.

MADAME CARRÉ. Sais-tu quelle est sa manie à présent? C'est d'aller loger autre part que dans ma maison. Comme depuis vingt ans qu'il y est, les loyers sont augmentés, et

que je n'ai jamais voulu entendre ce qu'il m'a dit là-dessus, il a chargé son domestique de lui chercher en cachette un autre logement.

viCTORiNE. Quoi ! ma bonne maman, monsieur du Rosnay quitterait votre maison?

MADAME CARRÉ. Ah ! ah ! ma chère enfant, il y a des petites délicatesses de fortune, de fierté.... C'est un si digne, un si brave homme !

MADAME DUBREUIL. Mousiour du Rosuay d'un côté, ma mère de l'autre ! vous mourriez tous les deux.

MADAJiE CARRÉ. Il Serait bien avancé dans une maison étrangère. Quoique son domestique soit dans mes intérêts, on ne se fait pas une idée de tout ce qu'il faut inventer pour le tromper, tant il craint d'avoir des obligations à qui que ce soit. Je l'ai pourtant apprivoisé depuis quelque temps avec monsieur Dutheil, mon médecin; il consent à lui parler un peu de sa santé. Mais que de peines pour en venir là !

MADAiME DUBREUIL. A-t-on enfin augmenté sa pension de retraite?

MADAME CARRÉ. Oh bien oui ! Tu connais monsieur du Rosnay, jamais il ne saura faire de démarches pour lui.

JUDAME DUBREUIL. Il doit être cependant serré de près dans sa fortune.

MADAME CARRÉ. Il ne s'eu doute pas. C'est mon secret.

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