ACTE I, SCÈNE XI
» francs que j'étais autorisé à dépenser pour son éducation. » Ce père, mon meilleur ami, ayant péri avec toute sa fortune » deux ans après, en repassant en France, ma femme et moi » nous décidâmes que nous ferions les frais de l'éducation de » notre bien-aimée, et que les inlérêls de la somme qui lui » appartenait seraient replacés chaque année à son profil. »
MADAME d'yvari. Fort bien.
M. DUFLOS. « Quoique cela n'ait jamais été fait d'une ma- » nière distincte, je ne m'en reconnais pas moins débiteur du » principal et des intérêts.
» Ma volonté expresse est que ma bien-aimée Thérèse- » Emma de Castelbon reste dans ma terre de Langel, qu'elle » en jouisse comme d'une chose lui appartenant, sans devoir » aucun compte à personne, jusqu'au jour où mon neveu » viendra en prendre possession, et aura dans la journée » même
MADAME d'yvari. Dâus la joumée même ! je le savais bien.
M. DUFLOS. « El aura dans la journée même réglé avec ma » bien-aimée Thérèse-Emma, de manière qu'elle soit satis- » faite, et qu'elle le signe dans un acte passé par-devant » notaire. »
MADA.ME d'yvari. C'cst clair comme le jour. Je n'aurais pas cru le vieux Sinclair capable d'une rédaction aussi nette. Cette chère enfant! c'est plus de soixante mille francs qui lui reviennent. Au surplus, on ne peut pas mieux placer un bienfait. Je ne devine pas sur quoi le colonel pourrait chicaner.
M. DUFLOS. Il est militaire, mademoiselle Emma est si jolie I Mars a-t-il jamais rien contesté à Vénus?
MADAME d'yvari. U n'y avait pas d'affaires dans ce tempslà. Est-ce que vous ne trouvez pas ce testament sans réplique? Songez donc que me voilà chargée d'une petite idole qui a été élevée comme une princesse, et qu'on ne peut pas trop marier au premier venu. L'intention du testateur me paraît péremptoire.
M. DUFLOS. Je n'y vois aucune clause coercitive cependant. On indique bien au colonel ce qu'il doit faire; on ajoute que
64 l'orpheline.
mademoiselle Emma ne signera aucun acte devant notaire que dans le cas où elle serait satisfaite; mais si le colonel élève des difficultés, mademoiselle Emma, qui ne pourra être satisfaite, ne signera rien, et tout restera là.
MADAME d'yvari. Elle a bien cette lettre que le vieux Sinclair mourant lui a remise pour ne l'ouvrir qu'à la dernière extrémité.
M. DUFLOS. Sans doute; mais que contient cette lettre?
MADAME d'yvari. Je n'en sais rien. Je l'aurais ouverte vingt fois, moi. Je me méfie tant de ce vieux Sinclair, que je ne serais pas étonnée qu'il détruisît par cette lettre tout ce qu'il a fait dans le testament. Il est bien ridicule à Emma de ne pas me donner la satisfaction de briser le cachet de ce méchant chiflbn de papier.
M. DUFLOS. Elle ne doit l'ouvrir qu'à la dernière extrémité.
MADAME d'yvari. Qui csl-ce qui sera juge de cette dernière extrémité? Je vais monter chez elle et vous l'envoyer. Tâchez, monsieur Duflos, de lui mettre quelques grains de raison dans la tête et de lui faire comprendre que, malgré toute la bonne volonté que je puis avoir pour elle , son sort ne sera cependant que ce qu'elle le fera.
(Elle sort.)