SCÈNE VIII
MADAME D'VVARl, EMMA, LE COLOXEJ., monsieur DU- FLOS, MADEMOISELLE MODESTE, RENÉ, ROUSSEAU, et
quelques dotnestiques, hommes et femmes, qui restent au fond du ihéàlre comme pour faire leurs adieux à Emma.
RENÉ. La voilure de madame la baronne est avancée.
LE COLONEL. Et quoi ! madame, vous persistez à nous sé[)urer si vile?
MADAME d'yvari. Oui, mon cher colonel. J'étais venue la chercher, maintenant je l'enlève. En paraissant ici, vous l'en avez chassée : ce n'est pas galant.
LE COLONEL. Mais elle est chez elle, et je vais partir pour la ville.
EMMA (en souriant). C'est sur quoi je compte. Même en me retirant, je \ous refuse un asile, ^'anlez à présent la manière don! je fais les honneurs d'une maison !
LE COLONEL (à tous les doiuesilques). Mes enfants vous ne perdrez pas votre douce, votre bonne maîtresse; elle ne s'absenle que momentanément. Liberté tout entière aujourd'hui, et livrez-vous à la joie.
EMMA. Oui, mes amis, de la joie et pas de désordre. Vous y veillerez, mademoiselle Modeste.
MADEMOISELLE MODESTE. Si le boulieur que j'éprouve me laisse toute ma raison. \h ! ma chère demoiselle !
LE COLONEL. Vous aurez donc la bonté de me conduire à la ville, monsieur Dutlos?
M. DUFLOS. C'est bien de l'honneur pour moi. Mon cabriolet n'est pas élégant, mais il est grand et solide.
LE COLO.NEL. Vous mc montrerez ma maison ; car j'ai au moins une maison dans ce pays-ci.
MADAME d'yvari. Et forl bien meublée, grâce aux soins d'Emma.
EMMA. Rousseau vous suivra pour vous donner les indications dont vous aurez besoin. Vous le garderez tant (ju'il vous sera nécessaire.
LE COLONEL. Votre prévoyance s'étend à tout; vous avez deviné qu'il me fallait un confident. (Se tournant vers Rousseau.) J'aime Rousseau, c'est un bon enfant, et nous causerons ensemble.
ROUSSEAU, Tant que monsieur voudra. Il y a de quoi.
MADAME d'yvari (au colouel). Je compte sur le plaisir de vous voir demain.
LE COLONEL. Il n'y a pas de doute. A quelle heure déjeunez-vous?
MADAME d'yvari. A dix heures.
LE COLONEL. Je ne me ferai pas attendre.
(Il olfre sa maia à la baronne, qui lui fait signe de prendre celle d'Emma.)
EMMA (aux domestiques, en prenant le bras du colonel). Adieu, adieu ; je reviendrai vous voir tous les jours.
LE COLONEL. Et moi souvent, en attendant mieux. (Us sortent tous, à l'exception de René et de mademoiselle Modeste.)