ACTE II, SCÈNE VII
punir je veux subir enlièremenl l'hurailialion à laquelle mon oncle m'a exposé. (Il ouvre la lettre et lit.) « Ceci est mon codicille. »
M. DUFLOS. Un codicille! Voulez-vous bien, monsieur le colonel, que je vous épargne la peine de le lire? Cela rentre dans mes attributions.
LE COLONEL (lui remet le papier). Tenez, monsieur.
M. DUFLOS (lisant). «Dans le cas prévu par mon testament, » où Charles-Hippolyte Sinclair, mon neveu et l'héritier de » tous mes biens, ne réglerait pas dans les vingt-quatre heu- » res les intérêts de ma bien-aimée Emma de Castelbon, de » manière à ce qu'elle se déclare satisfaite, j'entends et ma » volonté expresse est que ma terre de Langel appartienne en » propre, avec tout ce qu'elle comporte, à ma bien-aimée » Thérèse-Emma, pour l'acquit de ma conscience , ne me » croyant pas injuste envers celui qui aurait manqué de jus- )) tice. »
LE COLONEL. Quellcs cxpressions! et par quelle action de ma vie ai-je pu les mériter?
MADAME d'yvari. Calmez-vous, monsieur le colonel. Les vieillards ont le privilège de pouvoir être quelquefois bizarres sans offenser; et, s'il faut tout dire, votre oncle usait souvent de ce privilège. L'heure avance, signons.
LE COLONEL. Non, madame. Rien ne pourrait maintenant me contraindre à le faire. Je me refuse à tout arrangement.
MADAME d'yvari. Y peusez-vous, monsieur, et prétendezvous me jeter dans tous les embarras d'un procès?
LE COLONEL. J'ai juré de ne jamais plaider.
M. ddflos. Mais réfléchissez bien, monsieur le colonel, que si vous ne signez pas un compromis, cette terre devient dans quelques heures, et sans que rien puisse s'y opposer, la propriété de mademoiselle Emma.
le COLONEL. Eh bien ! monsieur, quel inconvénient trouvez-vous à cela? Est-ce que mademoiselle n'a pas prouvé qu'elle était capable d'administrer une terre, de faire les honneurs d'une maison? Est-ce à nous, qu'elle a reçus avec tant de grâce, tant de bonté, à lui contester la justice que tout le monde lui rend?
88 l'orpheline,
M. DUFLOS. J'ai cru qu'il était de mon devoir de vous l'aire sentir toutes les conséquences
LE COLONEL. Les conséquencGs se déduisent d'elles-mêmes : mademoiselle devra la fortune qu'elle mérite à la mauvaise opinion que mon oncle avait de moi, à l'irascibilité de mon caractère que tout soupçon ofïenso; elle ne m'aura aucune obligation. Tout sera pour le mieux,
EMMA (au colonel). Monsieur... mon frère , vous m'avez promis vos conseils quand je les réclamerais.
LE COLONEL. Ne m'en demandez pas, je ne suis plus votre frère. Si votre délicatesse souffre de posséder une propriété depuis si longtemps dans ma famille, regardez-moi en me permettant d'espérer qu'un jour vous me la rendrez.
EMMA (à madame d'Yvari), Madame, que faut-il que je réponde ?
MADAME d'yvari. Il ne demande que la permission d'espérer, vous ne pouvez pas le lui défendre.
EMMA. Mais c'est prendre un engagement. Si vile! sans avoir le temps de la réflexion !
LE COLONEL. Je le vois, les préventions qu'on vous a données contre moi subsistent toujours,
EMMA. Non, non, ne le crojez pas. Toute ma crainte est de ne pouvoir justifier une confiance dont je suis plus touchée que je ne puis le dire.
MADAME d'yvarl Nous VOUS cautionncfons s'il le faut, mon Emma. Ma chère enfant, (jue je suis fiére du bonheur (jui vous arrive! N'insistez pas, colonel; quand vous la connaîtrez comme nous, vous saurez combien il lui faut peu de paroles pour se faire entendre.
LE COLONEL. Elle ne m'en a pas dit une seule dont le sou- \enir puisse s'effacer de ma mémoire.