‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 82 sur 382 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

THOMAS, seul.

Ferai-je t'i ben de me marier? Ferai-je t'i ben de rester garçon y V'Ià benlôt dix ans que je me demande ça, et je n'en suis pas plus avancé. Je n'ai qu'à dire, pardine ! je ne manquerai pas de femmes; j'en trouverai cent pour une. J'sis riche; par ainsi je serai un mari parfait ! ailes voudront toutes

de moi Oui, mais peut-être seulement à cause que je s'is

riche, et c'est tout le contraire que je voudrais. Ma lubie serait d'avoir une femme qui m'aimit pour moi tout seul, et n'aimîl jamais que moi ; c'est difficile à trouver. J'ai beau charcher, y a toujours queuque chose à redire. Tant que vous faites l'amoureux auprès d'une jeunesse, c'est tout sucre et tout miel; aile est douce, aile est bonne, aile est prévenante, que

c'est un charme. Sa mère, qui ne la gale pas, a ben soin de vous dire que la petite n'a qu'un défaut; qu'aile est trop soigneuse, trop Fangeuse, trop travailleuse. L'eau vous en viant à la bouche; vous donnez là-dedans comme un nigaud; et pis, au bout de queuque temps de mariage, il se trouve que ce n'est plus ça ; tout est sens dessus dessous dans votre maison. Madame est toujours à caqueter dans le voisinage ; aile ne veut pas rester cheux aile; aile se pare tous les jours mieux qu'aile ne devrait se parer même pour le dimanche. Que le mari essaie de dire un mot, ce petit mouton qu'on lui avait fait si gentil, ne jette plus qu'un cri depis le matin jusqu'au soir. C'est pas exagéré; j'ai vu ça cent fois.

Faut être de bon compte, j'ai vu aussi de braves femmes, aimant ben leur mari, soignant ben leux enfants; toujours de bonne himeur, ne querellant jamais, remplissant tous leux petits devoirs sans faire d'embarras et sans vouloir passer pour meilleures que les autres ; mais aussi une trouvaille comme ça, c'est un quine à la loterie.

Je peux me tromper; j'ai dans l'idée queTliarèse, la fille à Malliurin, serait à peu près ce quine-là. D'abord aile est jolie, et pis aile est toujours bon tenue, ben propre; aile gracieuse tout le monde. Jamais ça ne passe près de vous sans vous faire une révérence, queuquefois deux. « Bonjour, monsieur Thomas. Comment vous en va aujourd'hui? Ce n'est pasgrand'chose; eh ben, de sa part, ça fait plaisir. Le malheur, c'est qu'aile a un amoureux qu'est de son âge ; car ces jeunes filles, ça a beau vous faire des politesses, ça regarde à l'âge, pas moins. Si je pouvais brouiller tout ça; si je pouvais... mais v'ià mon rival... ne faisons frime de rien.

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