‹ Proverbes dramatiques de Théodore LeclercqChapitre 88 sur 382 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

me liens pas pour batlu. Vol' fille ïliarése s'expliquera, el elle y regardera peut-êlre à deux fuis avanl de devenir la femme d'un pauvre diable de parfaraiice au [tins riche farmicr de l'endroit.

MATHURiN. Songez donc que sa mère est de son parti.

THOMAS. Voirement, vol' femme l'aime ben, au moins, ce Gervais.

MATHiRix. C'est un si bon enfant!

THOMAS. El puis il est ben tourné.

MATHiiRiN. C'est le plus joli garron du village.

THOMAS. Les femmes s'intéressent toujours aux jolis garçons.

MATHiRiN. C'est assez naturel.

THOMAS. Vous trouvez ça nalurel ; vous n'êtes donc pas jaloux?

MATHLRIN. Quoi que vous entendez par là?

THOMAS. C'est une idée qui m'est venue tout à l'heure.

MATHLRIN. Sur quoi?

THOMAS. A'ous savez; on a queuquefois des idées saugrenues.

MATHLRIN. Apfès?

THOMAS (regardant fixement Mathurin). Je ne sais pas si je me trompe, mnis j'ai pensé souvent que ce Gervais vous ressemblait beaucoup, en plus jeune, ça va sans dire.

MATHURIN (riant). Est-ce qu'il serait par hasard aussi beau garçon que moi?

THOMAS (sur le mêtne ton). Oh! oui, pour le moins. Vot' femme, qui vous a épousé par amitié dans le temps, a peutêtre remarqué ça. De manière qu'i pourrait ben se faire....

MATHLRIN. I pourrait ben so faire. .. .

THOMAS. Oui, que sans y penser, sans s'en douter, à cause de la ressemblance seulement... je ne sais peut-être pas ce que je dis.

MATHLRIN. Ce qu'il y a de certain, c'est que je ne sais pas ce que vous voulez dire.

THOMAS. Vous devriais ben, voisin, me corriger d'être aussi

soupçonneux que je le suis sur le-«miptc-des femmes.

../^ .r. v^c-îg^ .

BîjLIÛTHECA

MATHURIN. Vous ne l'êtes pas sur le compte de Mathurine, au moins?

THOMAS. Pour ça, non. Mais je crois qu'elle n'est pas tant pressée que vous le croyais d'avoir Gervais pour gendre. Avez-vous remarqué qu'elle répète toujours qu'il n'a pas de fortune? Et puis cette histoire de prendre sa mère avec vous, ça n'a-t-il pas l'air d'une ruse pour vous dégoûter tout à fait?

MATHURIN. ^ous trouvez des ruses à tout. Entendons-nous donc. Vous dites qu'elle l'aime, et vous dites qu'elle n'en veut pas.

THOMAS. Oui, pour gendre.

MATHURIN. Elle en veut peut-être pour son amoureux!

THOMAS, s'il ne vous ressemblait pas tant.

MATHURIN. La bonne drôlerie! Mathurine qu'aurait un amoureux !

THOMAS. Les maris ne croient jamais ça. Madame Mathurine est une brave femme, mais elle est femme, et par conséquent, elle doit être un tantinet coquette. Elle ne serait peut-être pas fâchée d'essayer si elle pourrait plaire encore à un jeune homme, en tout bien tout honneur, s'entend.

MATHURIN. Vous ne valez pas le diable, vous autres libartins; vous jugez toujours les femmes sur celles que vous avez connues.

THOMAS. Eh ben ! ça n'empêche pas; si j'étais marié, je voudrais essayer si je me trompe, rien que pour savoir.

MATHURIN. A quoique ça vous avancerait?

THO>us. A ne pas être dupe. Il y a de vieilles inventions toutes faites là-dessus; j'en emploierais une.

MATHURIN. Queulles inventions qu'il va?

MATHURINE (à part). Écoutons ben.

THOMAS. On dit à sa femme : « Mathurine, j'sis obligé d'aller à la ville pour parler au sujet d'un marché de blé que j'ai fait; je ne reviendrai que demain. » Après on se cache chez un voisin, comme qui dirait à ma farme ; et puis, à la nuit, quand on vous croit ben loin, vous rentrez à la maison Et puis dame! que voulez-vous que je vous dise?

On voit souvent de drôles de choses.

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