LES PRÉCÉDENTS, THOMAS
THOMAS (d'un Ion mielleux). Quoi qui gn'y a donc, voisin? Vous me paraissez soucieux.
MATHURINE (à part). Le bon apôtre! (Haut.) V'Ià monsieur Thomas qu'est juste, lui; il va te faire entendre la raison. Vous le croyais ben loin, vous voisin ; moi aussi. Eh ben! pas du tout; il était là qui m'écoutait causer avec mon garçon de farme. 11 faut croire que son voyage ne pressait pas ben fort.
MATHURIN. Elle se moque de moi encore.
THOMAS. Voyons, voyons, voisin, expli(|iions-nous.
MATHURINE. C'cst ça, cxpliquons-nous. On voit que le voisin est un brave homme qui aime à mettre la paix dans les ménages.
THOMAS (embarrassé). Sans contredit.
MATHURINE. Voiremcnt, nous ne le savons que trop.
MATHL'RiN. 1 ne la remettra jamais dans le nôtre. C'est fini. Mathurine, v'ià le premier chagrin que tu me donnes; mais c'est pour la vie.
MATHURLNE. Ecoute donc, Mathurin, ceci passe la plaisanterie au moins. J'ons voulu badiner, et puis c'est tout. Mais puisque tu le prends comme ça, je vas te conter....
MATHURIN. J'en ons assez entendu ; je ne voulons pas en savoir davantage.
THOMAS (bas à Mathurin). Laissez-la dire; c'est encore queuque nouveau tartagème.
MATHURINE. Ce bon monsieur Thomas, je parie qu'i te parle pour moi.
MATHURIN. Lui, ben au contraire.
THOMAS. Ne croyez pas ça, au moins, dame Mathurine.
MATHURINE. Je VOUS connais trop, voisin Thomas ; n'ayez pas peur.
GERVAis (à part). En vérité si j'y comprends goutte.
MATHURIN (d'un ton de reproche à Thomas). Pourquoi que vous m'avez conseillé ce conseil? J'étais heureux; il fallait me laisser comme j'étais. (Avec attendrissement.) Ah! voisin, vous ne savez pas ce qu'elle disait à Gervais. Mais, non, je veux pas le répéter. Ce garçon ne l'a pas compris, Dieu merci! il faut que ça reste entarré. Je vas recéder mon bail; je vas quitter le pays; je ne sais pas ce que je ferai, mais tout m'est égal. Mathurine, c'est toi qui seras cause que je mourrai.
MATHURINE. Ah! justeciel! queu que j'ai fait? Mathurin, mon ami, tranquillise-toi. Je t'aime toujours de même; je n'ai jamais aimé que toi; c'est la vérité comme si le ciel m'entendait. J'ai entendu les beaux conseils qu'on te donnait ; j'ons voulu te punir de les avoir écoutés; je n'ons voulu que ça, pas autre chose. Si tu ne me crois pas, lis plutôt la lettre que t'as sur toi.
MATHURIN. QueuUe lettre?
MATHURINE. C'te lettre pour madame Langlois, que je t'ai remise tantôt. C'était pour toi que je l'avais faite.
MATHURIN (tirant doucement la lettre de sa poche). Voyons c'te lettre, quoique je ne me fie plus à rien.