II
dit pas graud'cliosc , et cela met un poëte plus à son aise. Ma tragédie a pour titre : le papa Pharaniond , ou la naissance des Gaules. C'est ainsi que je débute ( il déclame ridiculement ) :
Des brQuillards de la Seine aux brouillards de l'Arno , Les valeureux Gaulois s'élancent sur le Pô.
Remarquez , monsieur , cette ricbesse géographique , trois fleuves dans deux vers , la Seine, l'Arno et le Pô. Écoutez :
Les arcs, les javelots, brillent sur leurs épaules; Tout montre le pouvoir de l'empereur des Gaules !. .
Comme ces deux rimes sont frappantes. Epaules et Gaules !... Attention aux vers suivans :
Il enchaîne à son char Charles Théodoric , Enchaîne Childebrand , enchaîne Cliilpéric.
Sentez- vous tous ces chats... ? c'est fait exprès ; c'est de la poésie imitative , romantique.
VALISANNE.
C'en est assez , monsieur , je crains de vous fatiguer.
D'OMNES
Passons à mes vaudevilles , chacun de mes couplets contient un calembour.
VALISANNE.
Prenez garde , monsieur , la mode en est passée.
DOMNES.
Tant pis. Les gens d'esprit en rient de pitié , les sots en rient de plaisir , et tout le monde s'en amuse. Permettez-moi de vous donner au moins les titres des nouveaux ouvrages que je vais publier. {Il tUa dwers manuscrits de sa poche. )
Dissertation sur les bateaux à vapeur , et sur les femmes , idem.
Poésie légère sur le plomb.
VALISANNE.
Ah ! monsieur , faites-moi grâce... Je pense que vous m'avez donné maintenant une idée de tous vos petits talens .?
D'OMNES
Non, monsieur, j'ai encore beaucoup de choses à vous montrer.
VALISANNE.
Allons, il est écrit que je ne pourrai chasser. D'OMNES.
Chasser !... Je m'en vais vous l'apprendre,- j'ai dans ce genre, un joli petit talent d'amateur. (// danse et chante. )
A la Mbnaco , l'on chasse et l'on déchasse.
Allons , monsieur , figurez avec moi. ( // veut faire danser Valisanne. )
34o L'HOMME PROPOSE ,
VALISANNE.
Je n'aime pas la danse.
D'OMNES
L'ne walse seulement. ( // fait danser Falisanne malgré lui. )
VALISAN^NE.
Ouf, je suis essoufflé; monsieur , de grâce , c'est assez parler de vos talens d'amateur. Occupons-nous de vos affaires.
D'OMNES
Oui , daignez me présenter à votre adorable pupille. Où est-elle ?
VALISANNE, à part.
Amusons-nous. (IJaut.) Vous désirez voir ma pupille ? elle est dans ce cabinet.
D'OMNES
Je vais lui cbanter un duo d'opéra. J'ai encore un joli talent d'amateur dans ce genre.
Duo ihi Sylvain : Avec ton cœur, s'il est fidèle. Paraissez donc , mademoiselle , Et vos beaux yeux vont m'enivrcr.
( Il imite un accompagnement de violonc«lle. ) VALISANNE»
Elle va vous répoudre.
ET LA FEMAIE DISPOSE. 34r
D'OMNES
Quelle sympathie! Silcucc.
ROSSOLINE, dans le cabinet.
Mon cœur t'attend.
DOMNES.
Le mien t'appelle.
(Il imite un accompagnemenl de violon. )
Qu'amour a bien su m'inspirer!
Oui , c'est pour t'adorer Que je veux respirer.