‹ Proverbes dramatiquesChapitre 101 sur 122 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

VALISANNE, FERMENT, sous le costume de d'Omnes.

D'OMNES, l'arrêtant.

Monsieur de Yalisanne , c'est vous -, c'est moi , •NJ. d'Omnes.

VALISANNE.

Je ne vous attendais que demain.

D'OMNES

Blâmeriez.-vous mon impatience , et peut-on ne pas en avoir quand on court après le bonheur de vous appartenir. Vous savez que je possède le goût de tous les arts ; mais , avant d'en faire usage , je voudrais connaître les dispositions de votre adorable pupille. Dois- je l'attaquer en déclamant, en clianlaiit , en peignant, en dansant.^ De grâce inslruisezîuoi , afln que nos cœurs s'entendent , et que l'art fasse naître en nous une sympathie naturelle , et cet instinct des cœurs qui réunit les âmes.

VALISANNE.

Je ne comprends pas trop ce que vous me faites l'honneur de me dire.

D'OMNES, à part.

INi moi non plus.

Air : La plus belle promenade.

Vous savez que sur ma tête S'élève plus d'un laurier, Agriculteur et poëte , Astronome et chansonnier.

Jà sur la double colline Mon luth a rendu des sons, Je de'clame , je dessine , Je danse et fais des chansons.

VALISÂNNE.

Monsieur vous avez Lien des talens.

D'OMNES

Talens , n'est pas le mot. Je n'en possède aucun ; mais je les cultive tous. Je suis amateur.

VALISANNE, àpart.

Ce mot me fait trembler.

D'OMNES

Permettez-moi de vous offrir quelques-uns de mea ouvrages. Voici un petit tableau où je me suis peint moi-même.

VALISANNE, à part

Quelle croûte !

D'OMNES

Une lyre (Vunc main, un crayon de l'autre, je m'adresse aux neuf muses :

Air: Caché sOus les habits d'un esclave africain.

Ce tableau varié doit charmer vos regards ;

J'y rends, en amateur , lioinmage à tous les arts.

J'adore Polymnie,

A l'aimable ïhalie

J'adresse un madrigal :

De ce petit génie

Dont i'si fait la copie ,

Je si^s l'original.

Remarquez comme la lumière que je fais tomber sur le Parnasse est pâle , je dirai même obscure ; le ciel de la littérature est couvert de nuages. C'est une petite épigramine d'amateur contre les auteurs Biodernes. Comment trouvez-vous tout cela ?

VALISANNE.

Cela n'est pas très- mal. Mais il eût été plus adroit peut-être de représenter sous la forme d'un petit génie une autre personne que vous même.

D'OMNES

Monsieur , le njieilleur moyen de se faire considérer par les autres , c'est de se considéier soi-même. Voilà ce que m'ont appris par leurs exemples la plupart

des ai listes et inème des amateurs de nos jours , et je tiens à paraître sous la forme d'un petit génie. Mais laissons mes dessins, je vais ^ous eommuuiquer le plan d'une tragédie romantique.

VALISANNE, à part,

Miséricorde !

D'OMNES

Celle-ci e5t d'un genre tout-à-fsit nouveau. L'action dure trois ans , la scène se passe dans les quatre parties du monde. On y verra des moines, des mauvais sujets, des princes, des niais, des tvrans et des fossoyeui's.

VALISAÎnNE.

Vous oubliez les règles d'Aristote.

D'OMNES

Air: Trouverez-vous un {)arliment ?

Avistotc est un radoteur , Horace n'est qu'un petit-maître; Boileau n'est qu'un IVoid riraaHleur, Monsieur Scheigel , voilà mon maître.

Grimni , le lord Biron et Sclieigel , Ont seuls connu le vrai tragique , Pour être un poëte immortel , Je suis poëte romantique.

VALISANNE

Romantique ! Qu'est-ce que cela signifie ?

D'OMNES. Ah! monsieur, c'est une expression nouvelle et sublime; elle nous vient d'Allemagne, elle dépeint cette partie de la tragédie dans laquelle les peuples du Nord ont excellé. Cet art de mettre en contraste le langage des porte-faix avec celui des princes , les ciis des fossoyeurs avec les menaces des tyrans. JNos auteurs français n'ont jamais connu le genre romantique -, aussi , en fait de tragédie , M. Sclieigel , lord Biron et lady Morgan prétendent que Corneille , Racine et Voltaire n'y entendaient pas grand'chose.

VALISANNE.

Quel blasphème !

Air : Un moment décide la gloire.

Du beau siècle auguste merveille, O vous , que couronne le temps ' Divin Racine , grand Corneille , Pardonnez ces cris insultans.

Malgré les critiques sauvages Des déserteurs de vos autels , Vous aurez toujours nos hommages , Et vos écrits sont immortels.

D'OMNES

Vous vous fâchez?

VALISANNE, à part.

J'ai tort , amusons-nous de cet original. ( Haut. ) Revenons à votre tragédie.

D OMNES

Poui' obtenir une couleur lilsloriq;!!' et locale ,

c'est dans l'histoire de JFrance que j'ai puisé mon

sujet.

VALISANNE.

Quelle époque avez-vous choisie ?

D'OMNES

Une époque très-reculée , et qui se perd dans la nuit des temps. Pépin-le-Bref , Charlcs-le-Simple , ne sout point mes héros ; mes vers datent de plus loin.

Page 1