SCÈNE XIV
VICTORINE. Elle est pâle, sa voix est tremblante, son œil e'gare'.
Ils sont partis.... Tout m'abandonne, et je reste
seule — seule avec mon orgueil!.... Eh quoi! ce
Fonbreuil que j'aimais... cetliommeque je croyais si généreux , et qui affichait tant de délicatesse... il me sait pauvre.... et il me fuit. (^Elle regarde autour d'elle. ) Que vois-je !... tout est enlevé.... Fonbreuil me délaisse , me méprise , m'accuse ; lui-même a divulgué ma fatale imprudence... je suis déshonorée... Que vais-je devenir ? Que ferai-je sur cette terre où la naissance n'impose aucun respect , où le malheur n'inspire aucune pitié?... (^Elle pleure, et dit avec force : ) Il faut mourir.. Je suis seule... tout me favorise , et le ciel a pris pitié de ma douleur en me permettant de cesser de vivre. O mon père ! je vais te rejoindre ^ je vais dormir auprès de toi , à côté de ce marbre où j'ai fait graver tes armes et tes titres... Mon seul asile est ton noble cercueil... C'est le dernier service que je vais implorer, et je l'attends de ma sœur. . . me le ref usera- t-elle .^. . . ( Elle sourit a^^ec contraction. )0h ! non... l'on suit les ordres de ceux qui n'en auront plus à donner. Ecrivons. . . ( Elle se traîne vers la table, et paraît plus agitée. yBonnchouisel... ( Un silence f elle lès^e les yeux au ciel. ) Je n'ai pu
N'EST PAS OR. Si
supporter ma position , et, quand vous recevrez cette lettre... ( elie pleure ) je ne serai plus!... En quittant la vie, je ne regrette que vous, ô ma tendre sœur ! vous seule!... vous seule!... {Ua silence... Avec un autre accent , et le ton de la réflexion. ) Je sens à ma dernière heure que votre résignation est plus estimable que ma fierté , et qu'il y a plus de force dans votre humilité que de courage dans mon orgueil.... mais... il est trop tard... ( Une pause en levant les yeux. ) Le parti que je prends offense le ciel ; mais Dieu est bon , il me pardonnera. Vous me pardonnerez aussi la douleur que je vous cause ; l'idée de votre désespoir quand vous me trouverez morte , empoisonne ma dernière heure. (Elle pleure.) Ma main tremble, et mes larmes tombent sur ma lettre... Elles effacent ce que j'écris... Ah ! bonne sœur... vous ferez placer mon corps auprès de celui de mon père , et vous ordonnerez que l'on grave sur ma tombe ces mots : A Viclorine , comtesse de Merval. Adieu pour la dernière fois, bonne, respectable, tendre sœur... Je vous quitte pour jamais, et la dernière palpitation de mon cœur a été pour vous seule.... Fermons les
P^^'^es et mourons. {Elle va fermer la porte ,
Louise parait. )