‹ Proverbes dramatiquesChapitre 21 sur 122 · LOUANGE · texte numérisé non relu

LOUANGE

Je m'entends.

FINETTE

Vous n'y entendez rien , M. Lorange , vous pensez peut-être que l'événement de ce jour me chagrine, et que je suis désolée de n'être plus la femme de chambre de l'épouse d'un ministre ? point du tout, ma maîtresse et moi nous sommes i-e venues des vanités du grand monde.

LORANGE.

Je vous crois.

FINETTE

Les honneurs , les dignités, les préférences, les distinctions , tout ce qui séduit le vulgaire, et charme le peuple , ne nous convient plus 5 nous avons eu le temps de juger le néant de ces importantes bagatelles.

LORANGE.

Vraiment !

FINETTE

Pensez-vous d'ailleurs que l'épouse d'im ministre soit toujours parfaitement heureuse ?

LORANGE, prenant du tabac.

Je ne le pense pas.

FINETTE

Quand son excellence est contrariée, croye7.-vous qu'elle soit bonne ?

LORANGE.

Je sais à quoi m'en tenir là-dessus,

FINETTE

Quand monseigneur le ministre est dérange dans ses vues , troublé dans ses projets , quand tous ceux qu'il oblige sont des ingrats , que tous ceux qu'il ne peut servir deviennent ses ennemis , lorsqu'il a de l'humeur , enfin , qui le supporte ;'

LORANGE.

Monsieur le secrétaire général.

FINETTE

Et sa femme aussi , M. Lorange.

LORANGE.

Cela se peut.

FINETTE

El quand la femme de l'époux ministre a de l'humeur à son tour , qui supporte ce ricochet ?

LORANGE.

Celui qui lui adresse ses hommages.

FINETTE

Non , monsieur , c'est la femme de chambre qui en devient la première victime ; il faut voir quand une loi n'a pas été rendue , quand le côté droit ou le côté gauche de la chambre s'est opposé à quelque vue ministérielle , il faut voir madame comme elle me gronde , comme elle est maussade en faisant sa toilette , comme elle s'impatiente , comme elle me dit tour à tour : Cette Minerve est bien audacieuse. — Ce bonnet est détestable. — Ces ultras sont bien extravagans, — Celte plume blanche me va mal. — Ces libéraux sont bien raisonneurs. — Cela n'ira jamais.

LORANGE.

Fort bien , je conçois que la politique dérange une

toilette.

FINETTE, souriant.

La politique l'arrange aussi quelquefois ; par exemple , à l'époque de l'ordonnance du 5 septembre , ma maîtresse m'a donné une robe qu'elle n'avait mise qu'une fois au bal de sa grâce lord Wellington. Et au départ des alliés , elle m'a donné cette riche bague... Oh ! ma maîtresse est une bonne française.

LORANGF.

Mais en apprenant la grande nouvelle d'hier au soir , elle ne vous a rien donné.

FINETTE

Si fait , elle m'a donné l'ordre d'emballer tons se* eftets , et m'a recommandé surtout ce carton.

LORANGE.

Que renferme- 1 -i 1 ?

FINETTE

Des hommages. Ce sont les vers , la prose et les couplets qui nous ont été adressés pendant le ministère de M. de Perville.

LORANGE.

Je vois que voas êtes bien revenue des vanités humaines.

ir. 5

FINETTE

Sans doute , et nous allons nous fixer à la campagne pour ne plus nous occuper que de botanique et d'histoire naturelle. Nous renonçons à la société , et nous ne lirons plus qu'un seul journal, celui des Modes.

LORANGE.

Voilà une retraite bien conditionnée , mais ne pourriez-vous me dire ce que fait mon maître en ce moment ?

FINETTE

Paré de son plus [riche costume , décoré de toutes ses croix , il fait sa dernière visite , de là , il se rendra chez son successeur, qui se trouve un de SCS amis particuliers , il doit l'amener ici, et lui remettre le portefeuille. Adieu , monsieur Lorange , lâchez de vous montrer supérieur aux événcmens , et d'imiter notre philosophie.

( Elle sort. )

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