SCÈNE lY
LORANGE , MONTBRISON , en grande livrée , et la bourse.
MONTBRISON, d'un ton insolent L'ami...
LORANGE, surpris.
L'ami?...
MONTBRISON, Vous avez un nom sans doute 5 mais je ne le sais
6t L'HABIT
pas 5 et j'emploie avec vous une de ees éloculions.... familières qui prouvent... ma bonté... et qui ne saurait vous déplaire... l'ami.
LORANGF-, à part pestant.
OU! le /fat.
MONTBRISON
^i'^ailos avertir le valet de chambre de Tex-ministre , et qu'il saclie que monsieur... Montbrison est arrivé avec son excellence. Allez donc... Allez donc.
LORANGE..
Oh ! j'étouffe...
MONTBRISON
Qui êtes-vous donc , l'ami ?
LORANGE.
Je suis.... monsieur Lorange, et non pas votre ami.
MONTBRISON
Ah ! c'est vous , enchanté de vous voir. Mais ditesmoi donc la cause du désordre qui règne dans votre ministère. L'antichambre est un désert, personne n'est à son poste , pas un garçon de bureau , pas un huissier j on voit bien que le portefeuille est vacant. Je suis entré ici comme aux Champs-Elvsées ; oh ! nous mettrons de l'ordre , nous autres. Il faut de la
régularité dans le service, et , pour y parvenir et que chacun soit à son poste , je vous prie de me conduire dans mes appartemens.
LORANGE.
Dans vos appartemens ! vous êtes pressé à ce qu'il me paraît.
MONTBRISON
Très-pressé. Son excellence descend de voiture ; elle n'est pas en grand costume parce que je n'ai pas encore bien réfléchi à sa nouvelle toilette. A propos, combien de pièces occupez-vous? Une chambre à coucher, un cabinet, un salon, une antichambre.
LORANGE.
Oui , une antichambre.
MONTBRISON
Et tout cela est bien meublé sans doute. Vous n'avez rien fait disparaître; tout appartient ici au domaine public , ne l'oubliez pas mon ami.
LORANGE.
Monsieur le nouveau fonctionnaire , monsieur l'heureux du siècle , un ton un peu plus bas , je vous prie , point d'importance ridicule ; apprenez que mon appartement est très-modeste , et que le ministre que votre maitre remplace n'a jamais permis à ses gens de s'en faire acrroiro.
MONTE RI SON
Son excellence pense diiTtremnieni sur mou compte. '
LORANGE.
Ahlahî
MONTBRISON
Elle veut , elle ordonne que son premier valet de (liambrc. soit logé d'une manière convenable. Si vous aviez lu l'histoire , mon bon ami , vous sauriez r[ue le valet de chambi^e d'un minisiie est un personnage important... mais je dis très-important. Vous sauriez enfin qvie les valets de chambre de leurs éminences les cardinaux et ministres Dubois et Fleuri avaient une certaine influcence dans l'état, et que tout ce qu'il y avait de mieux à la cour honorait ces messieurs. Mais il paraît que vous n'entendez lien en politique et en préséance-, et qu'on a fort bien fait de vous supprimer , mon bon ami. Comment voulez-vous que le ministèie marche avec des espèces comme cela ?
LORANGE.
Il suffit. Mais voulez-vous que je vous donne un excellent conseil , monsieur Montbrison ? Le premier jour que je suis entré dans cet hôtel , la fortune m'a aveuglé -, je me donnais des airs aussi ; j'appelais ceux C[ue je ne connaissais pas l'ami... hein?... qu'est-ce doncf* Mais aujourd'hui je suis plusraisonnable,et je vaux mieux que vous , car vous commencez votre
împeilincnce, et moi je (inis la niicnno , monsieur Montbrison.
MONTBRISON
Je ne profiterai pas de mes avantages j le raalhciu aigrit le caractère.
LORANGF.
Dites plutôt qu'il le forme, monsieur Montbrison. Quant à vos appartemens j'attendrai les ordres de mon maître 5 je Tapercois , il vient avec le vôtre..., qui me paraît aussi mod» ste que vous êtes arrogant. Je vous salue, et je me cends dans un lieu dont vous ne devez pas sortir, monsieur Montbrison , dans l'antichambre.
(Il sort.)
MONTBRISOM.
Voilà un homme qui sait bien mal supporter une disgrâce. Quant à moi je supporte mieux la fortune. Cependant quelque chose m'inquiète 5 mon maître n'a point encore accepté la place de ministre. . . Bon ! . . . est-ce qu'on refuse aujourd'hui... Eh oui , les démissions sont à la mode , et M. do Germon est d'un caractère Il vient avec l'ex-ministre qui conserve
encore son costume , tandis que mon maître est habillé en simple plébéien... Cette seule observation fait juger ces deux hommes-là. M. de Perville a beau étaler encore sa broderie ministérielle , Vhabit ne fait pas le moine.