LA COMTESSE ET LE CHANSONNIER
Comment ?
DE PERVILLE.
Je ne suis plus ministre.
LA COMTESSE et LE CHANSONNIER.
Bah!
DE PERVILLE.
Et monsieur, que vous avez traité de commis....
LA COMTESSE
Eliben?....
DE PERVILLE.
C'est M. de Germon. C'est lui qui me remplace.
LE CHANSONNIER
Cet homme simple est un mmistre !
LA COMTESSE, après avoir lorgné.
En effet, c'est ben M. de Germon... Mais j'ai l'honneur de le connaître , je l'ai vu dans le monde , et dans la société de mon oncle le commandeur. Ah ! méchant que vous êtes , vous m'écouticz.
DE GERMON
Pardon , j'étais si occupé.
LA COMTESSE
Vous nous avez entendus , j'en suis enehantée. Oh ! parbleu , vous viendrez à ma fête , et vous en serez le héros. Vous y viendrez aussi monsieur de Perville , j'aime mes amis pour eux, et non pour leur place. {Elle fait la révérence ci M. de Germon. ) Son excellence me fera-t-elle l'honneur de visiter ma petite maison de Neuilli .?
DE GERMON
Madame...
LE CHANSONNIER
Avec quelques changemens , la fête pourrait bien s'arranger pour monseigneur.
DE GERMON
Vraiment.
LE CHANSONNIER
J'avais désigné M. de Perville sous les traits d'Achille. Je désignerai le nouveau ministre sous ceux de Nestor.
LA COMTESSE
Cela peut aller... Achille... Nestor... ce sont toujours des Grecs. Oh ! il n'est jamais embarrassé , mon chansonnier.
DE GERMON
Oui ; il chante pour tout le monde.
LA COMTESSE, bas à Germon.
Et il n'en est pas plus riche , le pauvre diable.
DE GERMON
Ni plus estimable , le pauvre homme.
LA COMTESSE
Mon cher de Perville , je suis vraiment affectée de votre disgrâce , très-afî'ectée , d'honneur 5 mais ce qui me console , c'est qu'un homme de mérite vous remplace , et je conserve l'espoir de vous posséder tous les deux. Allons , monsieur le chansonnier, suivez-moi , et venez faire , pour notre fête , les petits changemens qu'exige la circonstance. Au revoir , monsieur de Perville. (^Ade Germon , en appuyant. ) Monseigneur, daignez recevoir mon compliment. De ce pas, je me rends chez madann; votre épouse, je vais la féliciter des honneurs qui l'attendent , et l'inviter à venir partager une fête dont son illustre époux sera l'unique objet.
DE GERMON
Ne vous donnez pas cette peine , madame 5 je ne
serai pas ministre , ma démission est signée dans cette
lettre.
LA COMTESSE
Y pensez-vous , mojisieur ? nous ne pouvons pas exister sans ministre , ce serait nous renvoyer à la législation primitive , nous réduire à un état de sauvage.
DE GERMON
Ma résolution est prise.
La révolution a tourné toutes les tètes , ou trouve aujourd'hui desgensqui ne veulent pas être ministres 5 en vérité , je ne connais plus les hommes : que deviendra la France et mes projets de fête ? {As^ec humeur au cliansonnier. ) Eh ! venez-donc , monsieur , venez donc. {Elle son avec le chansonnier ; pendant ce temps Germon sonne. Lorange paraît.)
DE GERMON
Faites venir Montbrison. {Lorange soit.) Mon parti est bien pris , mon ami \ je ne puis faire partie d'un ministère qui agirait dans un sens opposé à mes principes. {Montbrison et Lorange paraissent.) Montbrison , faites approcher ma voiture. Nous retournons à l'hôtel.
MONTBRISON
Rah !
LORANGE.
M. Montbrison veut-il voir ses appartemens >*
MONTBRISON
Non , de par tous les diables. {Il sort. )
DE PERVILLE.
Encore un jour sans ministre. Demain nous serons plus heureux peut-être. ( // soj^t. )
LORANGE.
On le traite encore en ministie -, mais il ne l'est plus , l'habit ne fait pas le moine.
FIN DE L HABIT «E FAIT VAS LE MOIWE
L'AMBASSADEUR DE PERSE
ou