LE DROGMAN, M. FOLLEVILLE
FOLLEVILLE
J'ai mille petits talens de société, monsieur le Persan , mais la catastrophe qui a ébranlé l'Europe , et pesé sur la France , a fait tout à coup de moi un penseur , un écrivain , et j'oserai même dire un financier.
LE DROGMAN
Que venez-vous proposer à l'ambassadeur ? II. H
ii4 L'AMBASSADEUR
FOLLEVILLE
Des réformes , des chaiigemens dans l'état, et ua petit plan de finances qui fera de la Perse l'état le plus riche de l'Europe ; quand je dis de l'Europe , je veux dire de l'Amérique , car la Perse est en Turquie , si l'on en croit les géographes.
LE DROGMAN, àpart.
Quel ignorant!
FOLLEVILLE
On pourra prendre des renseignemens sur mon compte , sur celui de ma respectable épouse , et l'on Verra que, plus heureux que certain mari, je puis marcher la tête haute.
LE DROGMAN
Je le crois.
FOLLEVILLE
Ma respectable épouse présente , en ce moment . ses hommages à l'ambassadeur.
LE DROGMAN
Oui , elle est avec lui.
FOLLEVILLE
Je suis assez heureux pour posséder une petite
DE PERSE. ii5
femme jeuuc , joiie, et cependant jQdèle et sentimentale , ce qui est assez rare par le temps qui court.
LE DROGMAN
Je vous en félicite.
FOLLEVILLE
Madame Fo'leville a des principes d'une sévérité. .. ( On cnlend crier dans la coulisse. ) Qu'entends-je ? on crie dans ce cabinet.
MADAME FOLLEVILLE, dans le cabinet.
Finissez , monsieur l'ambassadeur.
FOLLEVILLE
C'est la voix de ma respectable épouse.
LE DROGMAN
De par Mahomet, gardez-vous d'approcher.
FOLLEVILLE
Mais , monsieur le drogman.
LE DROGMAN
\ otre tête en répond. Respectez l'usage sacré des Orientaux.
FOLLEVILLE
Nous sommes en France , et vous traitez madame
ii6 L'AMBASSADEUR
comme si elle était en Perse. ( Madame FolîevUlc ^ poursuwie par V ambassadeur , traverse le théâtre j FolleviUe arrête le prince. ) Grand prince, respectez ma femme, (^L'ambassadeur s'assied.) Oui, madame Aspasie FolleviUe , institutrice d'un pensionnai de jeunes demoiselles à Pantin.
LE DROGMAN
Nous avons cru que madame était une danseuse.
[MADAME FOLLEVILLE
Une danseuse! Ah ! monsieur le Persan. Voici mon placet.
FOLLEVILLE
Voici le mien.
LE DROGMANJit
Théodora-Aspasie née Bernard de Pomlillé, et femme légitime d'Augustin FolleviUe , maître de chants et de déclamation , expose qu'elle serait dans l'intention d'établir en Perse un pensionnat de jeunes demoiselles , sous la protection immédiate de l'évêque du pays, et de son altesse l'ambassadeur de Perse.
FOLLEVILLE
Moi je propose , dans mon placet , l'établissement d'une bourse de commerce à Ispahan , à l'instar de
Paris; de même qu'une loterie, du tiers consolidé , et des rentes flottantes.
LE DROGMAN
Vous aurez bientôt la réponse du prince.
MADAME FOLLEVILLE
Nous l'attendrons avec soumission , et avec impatience. (Elle sort en faisant des mines à t ambassadeur. )
LE DROGMAN
Le prince a reçu toutes ses visites 5 je vais lui euvoyer son médecin. ( L^ ambassadeur fait signe quU a la colique^ le drogman sort vivement. )
ii8 L'AMBASSADEUR