‹ Proverbes dramatiquesChapitre 45 sur 122 · EUGÈNE, SOPHIE, CLÉNORD , GEORGET · texte numérisé non relu

EUGÈNE, SOPHIE, CLÉNORD , GEORGET

CLÉNORD, à la cantonnade.

Air : On dit que Tpremier homme.

Mais c'est une extravagance , Je ne puis en conscience Céder à tant d'exigence ; Terminons tous ces débats.

Que tout le passé s'oublie , Qu'Eugène à d'autre s'allie , Comptez bien , je vous supplie , Que ma fille n'en veut pas.

GEORGET

Qu'avez- vous donc , monsieur?

CLÉNORD.

Retourne à ton jardin.

GEORGET

Tout le monde est de mauvaise humeur dans cette maison.

(Il sort).

SOPHIE

Vous paraissez en colère , pourquoi ?

i5o LE VIEUX

Vous le saurez, mademoiselle, mais je ne puis m'expliquer devant monsieur.

SOPHIE

Vous paraissez fàclié contre M. Eugène,

EUGÈNE

Je suis prêt à m'éloigner.

CLÉNORD.

Laissez-nous.

EUGÈNE sort et revient.

Monsieur , je voudrais connaître le motif de votre colère , pour l'adoucir s'il m'était possible.

CLÉNORD.

Eh bien ! restez, aussi-bien n'ètcs-vous pas la cause des torts de votre mère.

EUGÈNE

Des torts ?

CLÉNORD, appuyant.

Oui, monsieur, des torts, (^dvec ironie.) Elevés ensemble , vous avez appris de bonne heure à vous aimer , à vous estimer.

COQUET. i5i

SOPHIE

Oui 5 mou père , à nous estimer.

CLÉNORD.

Je me disais, on ne voit tant demaiis mallieureux que parce que l'intérêt fait tous les mariages.

C'est bien vrai.

CLÉNORD.

Mais , quand on s'est donné le temps de juger ses défauts , on apprend à les supporter.

Air du dieu des bonnes gens , de Be'ranger. L'amour souvent trahit uoli'e espérance, Et la sagesse y devrait prendre part; Dans le bel âge ou stitourdit d'avance Sur tous les maux qu'on découvre trop tard. Je vois partout que maint époux enrage , Au but, hélas ! tristement parvenus, Ils n'auraient poitïî formé leur mariage S'ils s'étaient mieux connus.

SOPHIE

Oui , mon père , vous avez raison.

CLÉNORD.

Aussi les mêmes maîtres ont présidé à votre éducation , et vous vous êtes même donné des leçons mutuelles.

i52 LE VIEUX

SOPHIE De bonnes leçons.

CLÉNORD.

Voire esprit , vos cœurs se sont formés en même temps , l'habitude, la douce linbitude de vous voir tous les jours , de vous parler à toute heure a dû vous attacher l'un à l'autre ; vous vous aimez.

SOPHIE, embarrassée.

Mon père.

CLÉNOPvD.

Vous vous aimez , j'en suis certain. EU bi.en ! un misérable intérêt vient renverser toutes mes espérances.

EUGÈNE

Expliquez-vous , monsieur ?

CLÉNORD.

Votre mère est si peu raisoniikble , que, lorsque je donne à ma Clle la moitié de ma fortune , elle exige' une dot plus considérable.

EUGENE

Elle ne m'a point prévenu de celte démarche.

CLÉNORD, à part.

Je le crois.

COQUET. i53

EUGENE

Se peut-il que ma mère?...

CLÉNORD.

Rien n'est plus vrai , monsieur ^ elle m'a même fait entendre que, malgré cet incident , elle ne tarderait pas à vous établir ; elle m'a parlé d'une riche héritière , de mademoiselle de Jarville.

EUGÈNE, vivement.

Je ne la connais , ni ne veux la connaître.

CLÉNORD, à part.

Bon.

EUGÈNE, de même.

J'aime , je respecte ma mère ; mais , pour me marier, je ne consulterai que mon cœur.

SOPHIE

M. Eugène a du caractère.

CLÉNORD.

Comme une semblable déclaration ne pouvait demeurer sans réponse; fai fort bien fait entendre à madame votre mère que ma fille aussi ne tarderait pas à s'établir, et que j'attendais aujourd'hui même un jeune homme fort intéressant.

i54 LE M EUX

SOPHIE, vivemenl.

Je ne veux pas me marier , mon père.

CLÉNORD, d'im airsffvère.

Mademoiselle...

SOPHIE

Permettez-moi de vous rappeler que vous m'avea promis de ne jamais me contraindre dans le choix de mon cœur.

CLÉNORD.

Il est vrai.

SOPHIE, regardant Eugène.

.Non , je n'épouserai jamais que celui que j'aimerai.

EUGÈNE

Vous pensez comme moi , mademoiselle.

SOPHIE

J'ai du caractère autant que vous , monsieur.

Je vous plains , mais je ne puis désormais vous recevoir chez, moi.

EUGÈNE, emu.

COQUET. . i55

SOPHIE, vivement.

Sans être mon rpoux , M. Eugène ne peut-il venir

ici?

CLÉNORD.

Non , mademoiselle.

SOPHIE

Je n'apprendrai donc plus la musique , mon père ?

EUGÈNE

Je ne recevrai donc plus de leçons de dessin ?

SOPHIE

M. Eugène était mon maître , vous le savez.

EUGÈNE

Mademoiselle enseignait avec un talent , une douceur.

SOPHIE

Monsieur étudiait avec une patience , une docilité. CLÉNORD, avec ironie.

Hé ! oui , je connais la douceur de votre caractère; je sais avec quelle bonté vous vous cédiez l'un à l'autre : monsieur , permettez-moi de vous accompagner.

EUGÈNE

Mademoiselle , comptez siu' le plus tendre souvenir.

i56 LE VIEUX

SOPHIE

Je ne vous oublierai point , monsieur , certainement.

EUGÈNE

Adieu , mademoiselle Sopliie.

SOPHIE

Adieu , monsieur Eugène.

CLÉNORD.

Venez . monsieur.

(Il sort avec Eagène.

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