BRIGITTE, GERTRUDE
BRIGITTE, en remuant la tète.
\ ) mon doux Jésus ! qu'allons-nous devenir ? GERTRUDE, parlant avec prétention et lentement. Qu'est-ce donc , ma sœur ? qu'est-il arrivé?
BRIGITTE
Un régiment de hussards met pied à terre.
GERTRUDE
J'étais à ma fenêtre lorsqu'il a défilé.
i84 COMIME ON CONNAIT LES SAINTS
BRIGITTE
Moi de même.
GERTRUDE
Vous , ma sœur ? Vous aviez juré de ne jamais regarder ces geiis-là.
BRIGITTE, en colère.
C'était mon intention^ mais on m'a trompé, ma sœur. On m'avait annoncé l'arrivée des missionnaires, et j'ai vu des hussards.
GERTRUDE, d'un ton de pédante.
Cela est affreux,
BRIGITTE, en colère.
Les tliéàtres resteront ouverts.
GERTRUDE
Se peut-il.''
BRIGITTE, |,],is fort.
Les bals continueront.
GERTRUDE
Hélas !
BRIGITTE, se lamentant.
Nous entendrons danser des damnés et des damnées.
ON LES HONORE. i85
GERIRUDE.
Quel scandale !
BRIGITTE, de même.
Des élégantes se montreront encore à la promenade!
GERTRUDE
C'est une horreur !
' BRIGITTE
Et ce n'est pas tout ; peut-être osera-t-on se permettre de nous envoyer des hussards — et il faudra les loger.
GERTRUDE
Quelle abomination !
BRIGITTE
Le maire nous avait exemptées de logement jusqu'à ce jour.
GERTRUDE
C'est un saint homme 5 mais il ne pourra plus , dit-il , nous exempter de loger des militaires 5 la loi est égale pour tous.
BRIGITTE, se lamentant.
Quelle injustice !
GERTRUDE, d'un ton de pédante.
La charte le veut ainsi.
i86 COMME ON CONNAJT LES SAINTS
liRIGITTE.
Puisque les lois nous touchent maintenant , elles devraient être justes.... Nos maisons ne sont pas des casernes... Ah ! mon Dieu... j'entends du bruit... les Lottes ferrées d'un hussardvontbriser mon parquet... un damné va profaner le lieu saint.... Oh ! pour moi je ne veux pas le voir : vous , ma sœur , qui pouvez supporter la présence d'un soldat , et qu'un homme ne fait pas trs-mbler , recevez-le. Je vais prier pour l'arrivée des missionnaires , et le départ du régiment... le voici.... ah.... j'ai vu le diable.