‹ Proverbes dramatiquesChapitre 59 sur 122 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

GERTRUDE, BELROSE , en grande tenue de » fourrier.

BELROSE, saluant en militaire.

Mademoiselle', ce petit billet s'adresse à vous.

GERTRUDE

Je devine ce que c'est; c'est un billet...

^BELROSE.

De logement. — Place au feu et à la chandelle pour Jacques Belrose , fourrier au 1 1*". de hussards ! Mais , mademoiselle , rassurez - vous ; quand on

ON LES IIOx\ORE. 187

fait la guerre depuis dix ans , ou sait ce que c'est que la politesse.

GERTRUDE

Je n'en doute pas.

BELROSE.

Nous ne sommes point en pays ennemi Il y a

une ville qui s'appelle Valence , en Espagne.... mais celle que vous habitez est dans le département de la Drôme. On sait ça, mademoiselle. {Il porte la main à son schako. )

GERTRUDE

Vous connaissez la géographie , monsieur le hussard ?

BELROSE.

Oui , la géographie de nos dernières campagnes , et elle est un peu longue celle-là. Tel que vous me voyez... je suis professeur, moniteur de la compagnie pour l'enseignement mutuel; vous ne conmissez pas l'enseignement mutuel , mademoiselle.'

GERTRUDE

Non , monsieur le hussard.

BELROSE.

On n'est pas fait pour vous manquer , mademoiselle ; au contraire , si quelque mahu osait s oubli. -r. . .

i«8 COMME ON CONNAIT LES SAINTS

mille escadrons... Si l'on osait seulement jurer devant vous.. . ce n'est pas pour rien crue je porte un bancal à mes côtés.

GERTRUDE

Qu'est-ce que c'est qu'un bancal ?

BELROSE.

C'est mon sabre, mademoiselle, et il a le fil. Si l'on osait vous manquer , je vous mettrais à l'ombre de ma lame. Tel que vous me voyez... je suis un hussard éduqué — le Benjamin de l'aumôuier du régiment.

GERTRUDE

Vous avez un aumônier ?

BELROSE.

Un brave et digne homme , mademoiselle -, c'est lui qui m'a conseillé de demander un billet de logement chez vous. ^ ous êtes, m'a-t-il dit, des personnés pieuses , et je suis ce qu'il vous faut.

GERTRUDE

Vraiment î

BELROSE.

Oui , mademoiselle , depuis l'enseignement mutuel on connait sa religion... On pourrait vous réciter les commandemens de Dieu , et vous prouver qu'on reconnaît en lui... le capitaine du grand régiment.

ON LES HOiNORE. ,89

GERTRUDE

V'ous savez les comm.iiidcnicus de Dieu;'

BELROSE.

Par cœur... c'est la pren\ièrc leçon. Servir le Roi , défendre la France, respecter les dames , être honnête homme : voilà la consigne d'en haut , et Belrose n'a jamais manqué à la consigne.

GERTRUD!:.

Vous connaissez voire religion, et vous la pratiquez ?. . .

BELPiOSË, la main iur soii sthako.

^4ux oiseaux.

GERTRUDE

Je ne comprends pas.

BELROSE.

Je sais , par exemple , que quand je perdrais mes quatre membres dans les quatre parties du monde, je n'en ressusciterai pas moins... comme moi-même.

GERTRUDE

Cela est vrai , mon enfaul.

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