L'AVOCAT, MADAME DUBRIAGE, LE MÉDECIN
LE MEDECIN
Eh bien î qu'est-ce , mon frère ? vous avez l'air bien agité ?
L'AVOCAT
On le serait à moins. Vous savez, mon frère, que je
ne suis point intéressé -, quand mes conseils sont utiles au pauvre , je me hâte de les donner.
LE MEDECIN
Et quand mes secours leur sont utiles... je me fais un devoir de les leur prodiguer.
Mais si nous sommes généreux l'un et l'autre , nous n'aimons pas à être dupes , et il faut eufiu que chacun vive de son métier.
LE MÉDECIN
Ce proverbe est très-juste.
MADAME DUBRIAGE.
Mais qu'avez-vous , monsieur l'avocat ? a quoi bon ce préambule ?
L'AVOCAT
Vous le saurez , madame ; croirez-vous qu'un soidisant homme de lettres s'est moqué de moi au point qu'il a eu l'air de me consulter sur vme comédie qu'il voulait composer , et qu'il m'a arraché par ce moyen une véritable consultation pour un procès qu'il compte faire à sa femme ?
MADAME DUBRIAGE.
A sa femme !. .. C'est mon mari , peut-être...
DE SON METIER. 2df)
LE MÉDECIN
Et comment se nomme cet original ?
L'AVOCAT
Dubri.ige.
MADAME DUBRIAGE.
C'est mon mari , je lui arracherai les yeux.
Ah ! gardez-vous-en bien , madame , vous gâteriez tout -, c'est ce qu'il désire , et c'est moi qui lui ai donné ce conseil.
MADAME DUBRIAGE
Vous , monsieur ?
L'AVOCAT
Et sans doute , je croyais parler d'un personnage de comédie;... et pour rendre la scène plus plaisante, et autoriser un mari à renvoyer sa femme en gardant sa dot, je lui conseillais de se faire battre par elle.
MADAME DUBRIAGE.
Je reconnais bien là M. Dubriage.
LE MÉDECIN
Le nom que vous venez de prononcer ne m'est pas inconnu : l'homme qui le porte est là-haut , chez moi ; il s'est fait annoncer de votre part , et je venais pour vous demander ce qu'il était.
24o CHACUN VIT
MADAME DUBRIAGE.
C'est mon mari, sans doute- il est malade, il veut obtenir de vous une ordonnance au même prix qu'il a eu la consultation.
LE MÉDECIN
Fiez-vous à moi , je verrai cet liomme , et je me charge de vous venger... Dites-moi , madame , votre mari a-t-il peur de mourir?
MADAME DUBRIAGE.
Belle question! il est dévot.
A merveille. Mon frère , faites avertir M. Dubriage. Madame , ne vous éloignez pas.
MADAME DUBRIAGE.
Mais , monsieur l'avocat, puisque vous avez donné à mon mari le conseil de se laisser battre par moi , ne pouiTais-je pas user de cette permission H
L'AVOCAT
Eh ! non, madame. Venez, et laissons agir mon frère : il nous vengera tous les deux.
( Il sort avec madame Dubriage. ) LE MÉDECIN.
Il est dévot, il a peur de mourir; c'est bien... Je
DE SON MÉTIER. a/ji
feindrai d'être sa dupe j mais je lui prépare une bonne leçon. Le voiei.