SCÈNE III
L'AVOCAT, M^^DAME DUBRÏAGE.
MADAME DUBRIAGE, en colère.
Monsieur l'avocat , j'ai un mari avare.
L'AVOCAT
Eh bien ?
MADAME DUBRIAGE, repétant plus fort.
J'ai un mari avare.
L'AVOCAT
Qu'esl-ce que cela veut dire ?
MADAME DUBRIAGE.
Comment , monsieur l'avocat , vous ne comprenez pas ce que cela veut dire.^ Vous no devine/^ pas que ce défaut les renferme tous , et qu'un mari avare mérite, d'être trompé , vexé, bafoué, quitté ?
Mais , madame , vous exagérez peut-être les défauts de monsieur votre mari. Quelle est sa profession ?
MADAME DUBRIAGE, parlant uès-vile.
C'est un soi-disant homme de lettres ^ il n'est pas sans talent j-mais quel est le génie que l'avarice n'éteint pas ? et quelle imagination peut avoir celui que possède l'amour de l'argent ? Au lieu de travailler pour la Comédie Française , mon mari travaille pour les boulevards 5 au lieu de composer des livres , il fait des brochures ^ c'est un ladre , un vilain , un fesseniathieu 5 jugez des tourmens qu'une femme doit < ndurer avec un homme qui rend son défaut d'autant plus insupportable qu'il l'érigé en sj^stème , qu'il ose le défendre même : chaque jour , loin de la guérir , ne fait qu'augmenter sa lésincrie. Enfin , la dernière pièce qu'il a fait i^eprésentcr a été sifllée , parce qu'au lieu de donner les billets aux cabaleurs , il les a fait vendre au café du théâtre.
L'AVOCAT
Voilà un défaut assez rare parmi les gens de lettres ; on les accuse plutôt de prodigalité. que d'avarice.
MADAME DUBRIAGE.
Cela est vrai , mais celui-ci est un original -, je n'eu finirais pas si je vous racontais toutes ses lésineries ^ son esprit travaille chaque jour à en inventer de nouvelles ; il ne se sert de son talent que pour attraper quelque chose 5 et , s'il avait un procès , je gage qu il inventerait quelques nouveaux moyens pour avoir d(s consultations gratis.
L'AVOCAT, vivement.
Des consultaiions gratis ! Et comment vous nommez-vous , madame?... De grâce , dites-moi vos prénoms et qualités de demoiselle , surtout ?