DUR RI AGE
Il est vrai , mais je crains d'abuser de vos momens , ils sont si précieux pour le public.
LE MÉDECIN
J'aime à m'occuper de littérature , de tliéàtre surtout.
DUBRIAGE.
C'est une distraction...
LE MÉDECIN
Fort innocente.
Fort utile , et on s'aperçoit facilement à la manière dont on rédige le Journal de Médecine et de Pharmacie que les docteurs sont des poètes.
LE MÉDECIN
Dites plutôt que les poètes sont des docteurs. ( //
DE SON METIER. z^i
le regarde.) Vous dites que vous n'êtes pas malade.
DUB RI AGE, retenant sa toux.
Non , monsieur.
LE MEDECIN, avec une inquiétude joue'e.
A la bonne heure. De quoi s'agit-il donc? DUBRIAGE.
J'ai toujours été scandalisé des sarcasmes que Molière a lancés contre les médecins 5 étonné qu'un aussi bon esprit se soit ainsi moqué du corps le plus respectable, j'ai entrepris de le venger, et j'ai fait une petite comédie intitulée : le nous^eau Malade Imaginaire.
LE MÉDECIN
Au nom de la faculté , je vous remercie d'une telle entreprise.
DUBRIAGE.
Il y a donc , dans ma comédie , un médecin trèshonnête homme , et c'est lui qui guérit mon malade imaginaire 5 c'est en examinant son tempérament , sa position , en analysant les symptômes de sa maladie , et en lui prescrivant le seul régime qui lui convienne, et vous remarquerez que mon médecin est si honnête homme, qu'il indiquera toujours les remèdes les moins coûteux , parce qu'il ne s'entend pas avec le pharmacien qui doit les fournir.
LE MÉDLCIN, à part.
Oli ! le vieux ladre. ( Haut. ) Monsieur , je suis flatté que mes connaissances en médecine puissent vous être utiles.
DIJBRIAGE.
Monsieur.
LE MÉDECIN
J'aime beaucoup le théâtre.
DUBRIAGE.
Voxis êtes un connaisseur , je le sais.
LE MÉDECIN
Eli , oui , je ne juge pas mal.
DUBRIAGE, à part.
Le médecin est ma dupe. (Haut.) Je vous demande donc la permission d'essayer ma scène du nouveau malade imaginaire, je jouerai ce personnage : c'est un homme à peu près de mon âge, et je tirerai grand parti de tout ce que vous me direz.
LE MÉDECIN
Volontiers , monsieur , essayons celte scène de comédie.
DUBRIAGE.
Je fais mon entrée comme un homme frappé de la
DE SON MÉTIER. 24s
teneur d'un mal imaginaire. ( // l'a aujond du ihcdtre , et prend la caricature d'ujt malade.) Que je •suis heureux de vous trouver, monsieur le médecin, et de vous trouver seul , afin de vous confier tous les symptômes alarmans qui m'efl'raicnt de plus en plus !
Li: MÉDECIN.
Aîseyez-vous.
DUBRIAGE.
J'en ai besoin. {Il feint de tousser y et II finit par tousser naturellement )
LE MÉDECIN
Vous toussez très-naturellement.
DUBRIAGE.
C'est une quinte , elle n'est pas mal jouée. ( // tousse encore malgré lui. )
LE MÉDECIN
Vous toussez encore ? c'est assez.
DUBRIAGE.
Je ne tousse plus. (// tousse involontairement.)
LE MÉDECIN
Montrez votre langue. {Dubriage la montre.) Vous avez là une bien mauvaise langue.
2t46 CHACUN VIT
DUBRIAGE.
Ce n'est pas au propre que vous parlez j c'est au figuré.
Eh ! non , vous dis-je , elle est chargée ; et c'est au propre que je parle. Donnez votre pouls. 11 est intermittent , chevrotant , capricant.