SCENE V
MADAME SAIWT-ALBAN.
Non, monsieur, j’ viens d’ la mienne.
DORMEUIL
Ah ca, ma bonne, tachez de vous expliquer, s’il est possible.
MADAME SAmT-ALBAX.
Vous êtes don’ b’en pressé?
DORMEUIL
Finissons, je vous en prie.
MADAME SAI]yT-ALB AÏS .
Hé b’en , Monsieur, pour en finir j’ vas d’abord commencer. J’ vous dirai que j’ cherche une condition ; mais faut que j’ vous conte ça brin à brin : J’ suis d’Osny, à une lieue de Pontoise.
DORMEUIL
Abrégez , ma bonne , je vous en prie , j’ai peu de temps à moi : passons les détails.
MADAME SAmT-ALBAN.
Mais, Monsieur, quand on prend une fille à son service, faut b’en savoir d’où s’ qu’allé vient c’ qu’allé a fait, c’ qu’allé est.
DORMEUIL, à pan.
C’est décidé, je n’aurai pas un moment à moi.
L’AUTEUR EN DEFAUT
MADAME SAIWT-ALBAIV.
Pour VOUS en r’ venir j’ vous dirai donc que j’ suis d’Osny. Mon père et ma mère sont d’ pauvres jardiniers qu’ont b’en d’ la peine à vivre en travaillant. J’étions sept enfans. Sept enfans c’est une charge ! faut du pain tous les jours. J’ai pensé qu’en v’nant m’ mettre en condition à Paris, j’ soulagerais mon pauvre père. Ah, Monsieur! j’avons h’en pleuré trétous en nous séparant; mais je m’ disais comme ça : si j’ trouvais une bonne place , j’enverrais de l’argent à mon père , et l’idée de secourir son père donne b’en du courage.
DORMEUIL , avec intérêt.
Bien , mon enfant.
MADAME SAINT-ALBAN
J’avons un oncle à Paris que j’ n’avions jamais vu, parce qu’il n’est pas r’venu au pays d’puis qu’il est riche; j’ suis arrivée chez lui.
DORMEUIL
Et comment vous a-t-il reçu ?
MADAME SAINT-ALBAN
Ah pour ça , b’en poliment. Il n’ ma pas reconnue tout d’ suite parce que c’était la première fois qu’il m’ voyait; mais drès qu’il a su