SCET^E VIII
MADAME SAINT-ALBAN
Un matin, j’entends ouvrir la porte de ma chambre ; c’était mon jeune danseur qui venait me donner leçon. J’en fus surprise; ordinairement, je me rendais chez lui avec ses autres écoliers. A peine la leçon était-elle commencée, que M. Ferdinand, qui depuis long-temps concevait des soupçons , entra brusquement. Ce fut un coup de foudre. Il veut faire sauter mon danseur par la croisée. Celui-ci, qui ne souffrait pas qu’on lui marchât sur le pied , se met en défense. Je perds la tête , je crie à la garde ! Le mousquetaire, qui passait par là, accourt ; il sépare les champions; on s’explique; chacun d’eux prétend que je lui ai donné des espérances ; on me traite de coquette , et on me congédie.
DORMEUIL
On n’avait pas tout-à-fait tort : trois prétendans à la fois î
MADAME SAINT-ALBAN
Mon cher Monsieur, qui n’en a qu’un n’en a pas : il faut avoir plusieurs cordes à son arc,
DORMEUIL
J’espère du moins que votre récit est fini.
23o L’auteur en défaut.
MADAME SAIFT-ALBAN.
Bon ! à peine est-il commencé.
J)ORMEUIL.
Madame, puisque vous m’y forcez, il faut que. je vous le dise : je n’ai pas de temps à
MADAME SAINT -ALEAN.
Vous avez raison : le temps perdu ne se répare jamais.
DORMEUIL
J’ai à travailler.
MADAME SAINT-ALBAN
C’est très-bien : Voisweté est la mère de tous les vices. Ne vous dérangez pas. J’ai apporté mon ouvrage. Nous allons travailler chacun de notre côté. Ce qoi ne m’empêchera pas de continuer à vous raconter....
(Peofiaiit le couplet qui précède, M“ie Saint-Âlban s’assied et se disjjose à travailler. )
DORMEUIL
Ah ! parbleu, c’est trop fort !
MADAME SAINT- ALBAN
Me voilà donc sortie de chez mon coiffeur. J’avais heureusement un vieux parent chez qui j’allais tous les samedis, pour mettre des papib